Comme une poupée qu'on a désarticulée

Comme une poupée qu'on a désarticulée
C'est avec un regard profondément inquiet et douloureux, "psychotique" (comme l'aurait peut-être qualifié Laurent), que Mylène illustre la pochette du 45T Plus grandir. Pour information, cette photo a été prise sur le tournage du clip; Mylène, assise sur l'herbe, prend cette pause, le bras droit relevé prenant appui sur le vieux landeau noir.

Plusieurs supports sont là aussi mis en vente. Le 45T comporte en face A le titre principal d'une durée de 4'03, et en face B la fausse comptine angoissante Chloé. Cet objet est aujourd'hui côté (*) entre 100 et 140 euros. Plus cher (1000 euros!), le 45T promo est pourtant identique à celui distribué dans le commerce, si ce n'est qu'il porte le désormais sempiternel "échantillon gratuit, ne peut être vendu". Le maxi 45T, quand à lui, diffère (outre son format) par un remix de Plus grandir, remix qui ne porte d'ailleurs même pas son nom sur la pochette tant il s'agit davantage d'une version longue qu'autre chose (avec de nombreux rajouts d'instrumentaux). Le titre atteint ainsi les 6'04, tandis que la face B demeure inchangée. La côte du maxi 45T est établie entre 200 et 300 euros!

Notons ici quelques nouveautés cependant. Tout d'abord, à la différence des premiers 45T, nous ne retrouvons aucune dédicace sur les pochettes du premier single "Polydor". De plus, pour la première fois dans la carrière débutante de Mylène, les paroles sont inscrites au verso, mais pas totalement non plus puisqu'on y retrouve seulement le refrain (faut y aller progressivement! ;o) ).

80 000 exemplaires s'écouleront de ces formats, ce qui est assez bien, mais peu si l'on considère les investissements placés lors du tournage du clip. Pour autant, la maison de disques garde confiance en Laurent et Mylène, bien leur en fera!

Nous l'avons déjà mentionné, alors que la sortie de Plus grandir s'effectue en France, parallèlement Polydor commercialise le 45T We'll never die au Canada. Sans pochette, ce 45T est une vraie rareté, d'où sa côte établie entre 200 et 300 euros lui aussi. On ignore malheureusement le nombre d'exemplaires écoulés, ce qui est sans doute un mauvais signe ici.

*Côtes moyennes établies sur le "Référentiel Mylène Farmer", le site www.mylenefarmeriscalled.net, www.mylene.net, et www.illogical-music.fr, mais nous savons que les côtes sont très variables d'une boutique à une autre...

# Online seit Mittwoch, 26. Juli, 2006 um 18:20

Reviens dans mes images

Reviens dans mes images
Contrairement aux précédents titres, Mylène raréfie ses apparitions télévisées pour Plus grandir (*et **). Est-ce une volonté délibérée (puisque les nombreuses apparitions pour On est tous des imbéciles ont montré qu'elles n'étaient pas synonyme de succès), ou est-elle simplement moins invitée? On n'en sait rien. De plus, Mylène vient davantage y présenter son clip qu'interpréter le titre...

- Ile de Transe: le présentateur, aimable, accueille une Mylène particulièrement intimidée dans sa jolie tenue verte, toujours dans un style oriental (nombril à l'air). Il lui fait récapituler le titre de ses deux précédents 45T, et s'attarde sur le premier qui avait bien marché. Mylène narre rapidement sa chance d'avoir rencontré les deux "personnages" qui ont écrit cette chanson (elle les nomme), puis rit sur les propos de l'animateur qui aborde le sujet E.T. Mylène raconte que le capucin ressemble aux petits chimpanzés, que sa longue queue lui sert de cinquième bras, qu'il vit chez elle dans une cage, et que malgré ses tentatives pour l'amener sur un plateau, le petit animal demeure craintif vis-à-vis des gens. Pour l'occasion, la chanteuse interprète en premier Maman a tort. Le fond utilisé est noir, avec en gros plan une main qui bouge et sur lequel est impacté l'image utilisée sur la pochette de Plus grandir. Pour cette interprétation inattendue, Mylène arbore de longs gants rouges, une veste à carreau noir et blanc (qui nous fera tant penser à l'un de ses futurs costumes), ainsi qu'une chemise noire au col fermé. Mylène apparaît et disparaît selon les moments, et la main tente de suivre la mélodie de manière... particulière. Le titre ne sera diffusé que jusqu'à la fin du premier refrain. L'animateur revient sur E.T., qui, ironise Mylène, sait écrire et prend des cours de danse. Vient le sujet des costumes de la chanteuse, qui semble séduirent son interlocuteur. Mylène confie y accorder une importance, malgré qu'elle ne dessine pas (encore...) ses costumes, et raconte qu'une couturière lui a créé celui-ci. Elle raconte également avoir eu quelques reproches par le passé pour s'être habillée en vert sur un plateau télé, ce qui porterait malheur. Faisant son job, l'animateur annonce ensuite les chanteurs à venir, dont "un jeune groupe de Rennes", nommé Niagara ("C'est un joli nom", précisera Mylène). Elle est ensuite interrogée sur ses goûts musicaux: la musique classique (Wagner, Mahler), et pour la variété Jacques Dutronc, choix qu'elle qualifiera d'"éclectiques". La méthodologie de son travail est ensuite discutée: elle explique qu'on lui fait écouter des mélodies au piano (on devine que le pianiste est Laurent), et elle se dit seulement alors séduite ou pas. Pour le texte, "Bien sûr, c'est capital. Là ça s'est fait un peu par hasard, il est né après la musique. Cette fois-ci c'est moi qui l'ai écrit, mais non ça n'est en rien une vengeance... Je ne sais pas si je renouvellerai cette expérience (ndlr: regard médusé de l'animateur), ça s'est fait par hasard... C'est très difficile d'écrire un texte. Il faut être concis, précis, et j'avoue que j'ai eu du mal. Je crois qu'il faut beaucoup de tranquillité, et surtout la tranquillité d'esprit que je n'aie pas!". L'animateur la laisse alors interpréter Plus grandir, mais oublie le micro de Mylène, qui du coup le lui tend bras tendu en riant. Le fond représente alors une photo du landeau vide du clip, où est inscrit "Mylène Farmer 1961-1985" En haut de cette photo, un texte coupé pour lequel on reconnaît l'écriture de Mylène sur ces quelques mots "Si je (...) alors (...)". Telle une vestale romaine, la jupe étendue sur son épaule, Mylène interprète sa chorégraphie, alors que le fond se modifie. En effet le landeau laisse place à la pochette du 45T (du moins à sa photographie), puis à celle de trois enfants (Mylène petite?), avant une photographie de la jeune femme tenant le landeau du clip. La prestation achevée, Mylène raconte que son premier album est terminé, que sa sortie est prévue pour janvier (1986 donc), et que Plus grandir sera le seul texte écrit de sa main (Tristana n'étant pas encore créée pour rappel). Pour le clip, Mylène annonce avec une fierté compréhensible qu'il a été tourné en cinémascope (dans l'espoir boutonnesque d'être diffusé en avant-première de films dans les salles de cinéma), tourné en 5 jours... rien de bien nouveau donc, si ce n'est une promesse d'invitation à l'animateur pour assister à sa diffusion.

- Super platine, le 21 décembre 1985

- L'académie des 9, le 14 janvier 1986: il s'agit d'un divertissement populaire, où neuf personnalités (mais pas encore des stars), sont assises dans des cases où elles doivent répondre à des questions. Le but pour le candidat est de parvenir à aligner trois ronds ou trois croix dans la grille ainsi formée, et cela se fait en fonction des réponses données par les personnalités. Mylène, située en bas à droite, est présentée la dernière par Jean-Pierre Foucault. La tête penchée et mélancolique, elle fait un petit signe non-chalant d'une main gantée de noir. Aussitôt l'ampex de son interprétation de Plus grandir débute. Face à un faux mur en pierre, on découvre la silhouette de la chanteuse, de dos, qui oscille sur les premières notes avant de se retourner dès le premier mot. Vêtue d'une veste bleue pâle assortie à une longue jupe ouverte sur le devant, Mylène arbore un soutien-gorge (?) violet, de la même matière et de la même couleur que le tissu qui lui serre la taille. Ce mélange mi-occidental mi-oriental n'est pas du plus mauvais effet, si l'on excepte les collants peut-être un peu grossiers (arrivants à mi-cuisse), et l'absence de chaussures. La chorégraphie est efficace, mais plus simple que les précédentes (consistant la plupart du temps en un large balancement et plusieurs sautillements -traudction d'une certaine impatience-). Entre le premier et le second vers, la chanteuse mime une gifle qu'elle vient de recevoir, alors qu'au début du second couplet, elle fait glisser sa veste afin de dénuder son épaule, épaule qu'elle commence à caresser, ce qui la fait sourire (voire image). Ensuite la veste est espacée de ses fesses à gauche puis à droite, avant de cacher subrepticement sa poitrine. Notons également ses grands yeux impressionnants sur la fin du dernier couplet. Sur le pont musical, la lumière qui lui faisait face s'éteint, et Mylène agite ses bras de bas en haut... de dos, puis de face. Entre les deux derniers refrains, elle tournoie rapidement (comme la danse à la fin du clip), et finit sous une multitude de projecteurs mobiles. Suite à cette prestation, le jeu débute. Mylène se verra posée deux questions pour aider la candidate (qui a besoin de regarder son papier pour se souvenir de la prénom de la chanteuse...). Jean-Pierre Foucault commence: "La journaliste américaine Elsa Maxwell disait je cite: "La carrière d'une star commence quand elle a du mal à rentrer dans son chemisier, et elle se termine quand elle a du mal à... quoi?"". Mylène, qui se rit un peu de cette question, tente de se la répéter à voix basse mais on entend qu'elle a interchangé les termes! Foucault répète donc sa question, et Mylène de proposer "du mal à mettre ses chaussures", puis " à boutonner son chemisier encore une fois" avant de capituler en se passant la main dans les cheveux. Le présentateur pose alors une question sur la perdrix du Sahara, en proposant plusieurs possibilités de réponse, et Mylène opte pour la "troisième solution", ce qui est une bonne réponse (merci la chance ou le visionnage de documentaires qu'elle avoue apprécier depuis ses débuts?). On entend alors sans le voir le petit rire mutin que l'on connaît bien. Le dernier supplice qui lui sera imposé concerne le pays où se situe la ville de Braga. Mylène répond alors "L'autriche?" avant d'être rayée sauvagement sur sa case. Mais cela ne l'empêchera pas de rire de nouveau, pour notre plus grand bonheur!

- Tapage nocturne: dans la même tenue que l'émission précédemment décrite, Mylène interprète la même chorégraphie. Seul le décor, fait de silhouettes d'immeubles la nuit, change

- Les jeux de 20H, le 21 janvier

- Le clip, le 7 février

- Hit des Clubs: Dans un décor de discothèque de mauvaise qualité, de la fumée recouvrant le sol, on retrouve Mylène en tutu rose (qui montre une poitrine assez plate) pour interpréter son titre. Cette tenue offre à la chorégraphie une note plus malicieuse. Mylène semble s'amuser. C'est peut-être pourquoi sur le pont musical, à la stupeur des fans que nous sommes, la chanteuse reprend son air sérieux pour faire des pointes, et tourner sur elle-même, les bras au-dessus de la tête, telle une ballerine, avant de frapper des mains à la manière d'un automate.

- Citron grenadine

*Dictionnaire des chansons de Mylène Farmer, de Benoît Cachin
** http://perso.wanadoo.fr/delautrecotedumiroir/TV/pagetv.htm
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# Online seit Freitag, 28. Juli, 2006 um 08:54

Geändert am Montag, 16. Juli, 2007 um 07:08

Chloé

Chloé
Eh, oh, ce matin
Y a Chloé qui s'est noyée
Dans l'eau du ruisseau
J'ai vu ses cheveux flotter
Là-bas sous les chênes
On aurait dit une fontaine
Quand Chloé a crié
Quand sa p'tite tête a cogné

la la la la la...


Chloé a coulé
C'est sûr qu'elle avait pas pied
Chloé ma moitié
Ce matin s'en est allée
Ton c½ur petite s½ur
Va sans doute devenir fleur
Sous les saules qui pleurent
L'eau est de toutes les couleurs

la la la la la...


Chloé si je pleure
Tu sais ça compte pour du beurre
Ton rire me fait peur
Est-ce que tu joues ou tu meurs ?
Adieu petite fée
Pendant longtemps j'ai appelé
Adieu à Chloé
Le courant l'a emportée

la la la la la...


Eh oh, ce matin
Y a Chloé qui s'est noyée
Dans l'eau du ruisseau
J'ai vu ses cheveux flotter
Là-bas sous les chênes
On aurait dit une fontaine
Quand Chloé a crié
Quand sa p'tite tête a cogné

la la la la la...

Chloé, pourquoi t'es partie
Chloé... CHLOE...

# Online seit Samstag, 29. Juli, 2006 um 12:45

Sous les saules qui pleurent

Face B des 45T Plus grandir ET We'll never die, le public francophone peut découvrir dès 1985 cette comptine follement inquiétante qu'est Chloé. Entièrement écrite et composée par Laurent Boutonnat, cette chanson est déroutante à plusieurs titres.

Le titre débute par quelques notes de berceuse, avant d'être brutalement interrompue par un son pesant. La force de cette introduction de 6 secondes, c'est l'imagerie qui s'en dégage. En effet, on imagine très bien déjà la petite fille courrant, s'amusant (berceuse), et la survenue du terrible accident (bruit lourd), ici la noyade, avec la retombée des petites gouttes (dissipation du son pesant par de petites notes plus légères). Le cadre est déjà implicitement mis en place, même si ce seront les paroles qui le valoriseront.

On entend alors une voix enfantine, jouée plus que chantée par Mylène, entonner des paroles simples mais non anodines. C'est un air de comptine, en temps normal exploité pour des textes innocents, mais ici le rythme sert à un récit tragique, d'où la création d'une angoisse pour l'auditeur qui perd ainsi ses repères.

Mylène appelle à témoin celui qui l'écoute ("Eh oh") pour expliquer le drame survenu: dans la matinée, une jeune fille prénommée Chloé s'est noyée dans un ruisseau, après que "sa petite tête [ait] cogné" (une pierre? la branche d'un des chênes cités dans la chanson?). Mylène l'a d'abord entendue crier, et alertée, est devenue spectatrice de sa noyade: "on aurait dit une fontaine" est une formule inquiétante, car cette comparaison qui nous présente la chute du corps dans l'eau est en même temps vécu par la chanteuse comme un plaisir visuel esthétique. L'innocence de la spectatrice serait considérée par des gens dits plus "matures" comme un certain sadisme (plaisir pris dans le malheur d'autrui), du moins une perversité, d'où un premier paradoxe fort et dérangeant. Les premiers "lalala" qui signifient une nouvelle fois une certaine candeur enfantine, un jeu, met en excërgue le drame survenu.

Cette première strophe pourrait être illustrée par une peinture, celle d'Ophélie de John Everett Millais (voire image ci-dessous). On y découvre en effet dans une nature luxuriante, une jeune femme inerte dans un petit cours d'eau. Soeur de Laërte, Ophélie est un personnage évoqué dans Hamlet de Shakespeare, à l'acte IV, scène VII. Sa noyade est ainsi narrée par la reine:
" La reine: Un malheur vient sur les talons de l'autre
Tant ils se suivent de près. Votre s½ur est noyée, Laërte.

Laërte: Noyée ? Où s'est-elle noyée?
La reine: Au-dessus du ruisseau penche un saule, il reflète
Dans la vitre des eaux ses feuilles d'argent
Et elle les tressait en d'étranges guirlandes
Avec l'ortie, avec le bouton d'or,
Avec la marguerite et la longue fleur pourpre
Que les hardis bergers nomment d'un nom obscène
Mais que la chaste vierge appelle doigt des morts.
Oh, voulut-elle alors aux branches qui pendaient
Grimper pour attacher sa couronne florale ?
Un des rameaux, perfide, se rompit
Et elle et ses trophées agrestes sont tombés
Dans le ruisseau en pleurs. Sa robe s'étendit
Et telle une sirène un moment la soutint,
Tandis qu'elle chantait des bribes de vieux airs,
Comme insensible à sa détresse
Ou comme un être fait pour cette vie de l'eau.
Mais que pouvait durer ce moment ? Alourdis
Par ce qu'ils avaient bu, ses vêtements
Prirent au chant mélodieux l'infortunée,
Ils l'ont donnée à sa fangeuse mort.

Laërte: Hélas, elle est noyée?
La reine: Noyée, Noyée"

La seconde strophe explicite en revanche le rapport qui unit Chloé à la jeune chanteuse. La défunte est considérée comme sa "moitié", puis est ensuite appelée "petite soeur". S'agit-il d'une soeur jumelle (issu d'un même embryon, d'où l'idée de moitié), d'une soeur dont elle est très proche, ou simplement d'une très bonne amie de jeu (la soeur devenant une simple métaphore de son affection)? On pourrait également identifier Chloé (les différents niveaux d'interprétation faisant la richesse de l'oeuvre) à l'autre moi de Mylène, à l'image d'elle-même, reflet prisonnier et emporté par les eaux.

Outre la référence à la peinture ci-dessous, comment ne pas penser dans cette dernière acception au mythe de Narcisse? Jeune homme d'une beauté éclatante, il restait insensible aux sentiments d'amour dont il était l'occasion ; la Nymphe Echo, qui éprouvait une muette adoration pour lui, fut rejetée avec mépris et trépassa de douleur. Ses soeurs s'indignérent et se plaignirent à Némésis de l'égoïsme et de l'indifférence de Narcisse. La déesse décida alors de venger les soupirantes éconduites. Elle fit boire Narcisse justement à une "fontaine". Narcisse s'éprit alors d'amour pour son visage, que lui renvoyaient les ondes. De cette image qu'il ne pouvait atteindre et dont il était incapable de se détacher ; Narcisse en oublia de boire et de manger. Prenant racine au bord de la fontaine, il se transforma peu à peu en la fleur qui porte son nom et qui, depuis, se reflète dans l'eau à la belle saison, pour dépérir à l'automne. Une variante du mythe fait périr Narcisse noyé en cherchant à embrasser son reflet.. Les derniers vers de cette seconde strophe se réfèrent aux deux versions du mythe Narcisse, confirmant que Chloé est le reflet de la jeune femme: "Ton coeur petite soeur va sans doute devenir fleur, sous les saules qui pleurent, l'eau est de toutes les couleurs" évoque en effet le coeur devenant une fleur se reflétant à son tour dans l'eau, et la noyade évoquée tout au long de la chanson.

Le troisième couplet n'apporte pas d'élément nouveau sur la description de l'accident, mais sur son ambiguïté, et la prise de conscience par la chanteuse de la mort de sa moitié. En effet, le ressenti de l'évènement est à l'image de la perception de l'accident. "Chloé si je pleure, tu sais, ça compte pour du beurre" exprime en effet une tristesse jouée, à mettre en parallèle au "ton rire me fait peur, est-ce que tu joues ou tu meurs?". Cette succession de termes paradoxaux (rire-peur, joues-meurs)est à rapprocher de l'ambivalence des paroles de Maman a tort. La chanteuse ici éprouve des difficultés à comprendre certaines réalités qui s'imposent à elle: cette jeune fille qui se débat dans l'eau s'amuse-t-elle ou se noie-t-elle? Son rire qui fait peur est-il davantage un cri de détresse qu'un amusement? Mais la vérité, et la mort, s'imposent par le silence qui en résulte ("pendant longtemps je l'ai appelée"). Seule, forcée de réaliser et accepter la disparition de l'être cher, il ne reste plus qu'à faire ses "adieux [à la] petite fée", disparue dans les eaux.

Mais la chanson représente un cycle malsain, en se terminant par une reprise exacte du premier couplet (notons également une musique plus rapide et stressante). Le témoin du drame répète ainsi, à qui l'écoute, les mêmes éléments qu'au début. Nécessité stylistique pour correspondre au faux air d'une comptine répétitive, besoin pour la jeune femme de partager sa détresse, ou moyen de se remémorer l'être aimé et disparu pour ne pas affronter la solitude? C'est sans doute un peu de tout cela, mais l'auditeur garde l'étrange impression que la vie de la narratrice s'est arrêté au moment de ce drame. Cet accident dont l'écho se renouvelle, c'est un peu le symbole d'une vie finie et d'une folie naissante.

Les derniers mots prononcés consistent en un appel: "Chloé, pourquoi t'es partie? Chloé, Chloé...". Ces mots ont pu être prononcés dans les minutes qui ont suivi la noyade (corps emporté par les flots), mais il peut s'agir également d'une interrogation présente de la jeune femme vivante, qui ne se résout pas à retrouver le présent, et se rattache encore et encore au souvenir non-terni de cette affection épurée par la mort. Toutes les interprétations évoquées ci-dessus du personnage Chloé peuvent trouver un écho dans cet appel. Le double, l'autre moi, et le reflet originel, ont disparu. S'agit-il d'une réminiscence de cette tragédie qu'est grandir? Toujours est-il que l'appel à la défunte (symbole de l'amie, de l'enfance, d'un reflet de soi) se perd en des échos de plus en plus légers, à l'image de ce corps emporté par les flots du courant...

Bien que face B, Chloé bénéficiera d'une interprétation télévisée très dépouillée, mais au moment de la promotion de Libertine (Mylène n'étant déjà plus brune), nous y reviendrons donc par la suite ;o)
Sous les saules qui pleurent

# Online seit Sonntag, 30. Juli, 2006 um 05:55

Geändert am Montag, 23. Juli, 2007 um 01:15

We'll never die

We'll never die
We'll never die
We'll never die

Tes pauvres mains tendues
Tu pries à corps perdu
We'll never die
Ton sang lavera nos fronts
Les vautours t'embrasseront
We'll never die

Petit garçon perdu
Le desert t'a déchu
We'll never die
Ta vie n'est qu'un brin d'encens
Petite goutte de sang
We'll never die
Gavroche ou bien bidoche
Rester en vie c'est moche
We'll never die
Tu seras un ange là-bas
Au nom d'Allah, alléluia
We'll never die

Dawn is breaking now !
How long does it take to die ?

We'll never die
We'll never die

Petit garçon foutu
Ce désert il t'a eu
We'll never die
T'as fait la guerre pour ta mère
Elle t'a mis au monde en terre
We'll never die
Ta pauvre main tendue
Tu cries à corps perdu
Ton sang lavera nos fronts
Les vautours t'embrasseront

Dawn is breaking now !
How long does it take to die ?

We'll never die
We'll never die
We'll never die
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# Online seit Donnerstag, 03. August, 2006 um 16:21

Geändert am Samstag, 05. August, 2006 um 06:27