S'élevait l'âme, l'humanité

S'élevait l'âme, l'humanité
Les lumières de la ville est la première référence culturelle hors-Mylène que je souhaite mettre à l'honneur sur ce blog, tant il me tient à coeur. S'il est des livres de chevet, il est également des films sur lesquels on revient sans cesse.

Je ne souhaite pas analyser ce film du génie Charles Chaplin. Tout au plus me permets-je d'annoncer que ce film est muet (alors que le cinéma parlant était déjà de rigueur à l'époque), et un petit résumé: Charlot campe un vagabond misérable, sujet à railleries par de vilains gosses. Son destin l'amène à croiser une fleuriste vendant à même la rue. La beauté de cette dernière le subjugue, et il se rend rapidement compte que la jeune femme est aveugle. Le soir même, Charlie sauve un bourgeois qui tente de se suicider. Celui-ci, complètement saoûl, mène le vagabond à ses soirées pour le récompenser. Avec ce train de vie éphémère (le bourgeois ne se rappelle de son sauveur qu'une fois ivre, ce qui arrive heureusement assez régulièrement), Charlot aide sa bien-aimée aveugle, qui pour le coup croit à faire avec un homme très riche. Mais le malheur s'abat sur la fleuriste et sa vieille mère, qui doivent payer un loyer devenu trop onéreux. Charlot entame divers petits boulots, et s'inscrit même à un tournoi de boxe (une scène d'anthologie!) pour aider celle qu'il aime...

Charles Chaplin a le talent formidable de réussir un film où l'on passe réellement des rires aux larmes. Dans les grandes scènes d'émotion, il incruste quelques gags avec un brio jusqu'ici inégalé. Chacun de ses films est une véritable aventure humaine, riche en enseignements (The Kid, L'opinion publique, Les temps modernes, Le dictateur, Un roi à New-York...), peut-être reparlerai-je de ces autres productions par la suite.

Vraiment, je vous conseille vivement ce chef-d'oeure, qui ne pourra laisser indifférent toute personne portant encore en soi un reste d'humanité. C'est tout simplement beau, Chaplin offre à mon sens une superbe illustration du "on ne voit bien qu'avec le coeur", du Petit Prince de saint-Exupéry.

Et le final offre parmi les plus belles minutes de l'histoire du cinéma, croyez-moi! ;o)
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# Online seit Dienstag, 18. Juli, 2006 um 15:21

Geändert am Montag, 23. Juli, 2007 um 01:15

Plus grandir

Plus grandir
Petit rien, petit bout
De rien du tout
M'a mise tout sens dessus dessous
A pris ses jambes à son cou

Petit rien, petit bout
La vie s'en fout
Dans mes draps de papier tout délavés
Mes baisers sont souillés

Plus grandir, j'veux plus grandir
Plus grandir pour pas mourir, pas souffrir
Plus grandir, j'veux plus grandir
Pour les pleurs d'une petite fille

Jeux de mains, jeux de fous
C'est pas pour nous
Suspendue au lit comme une poupée
Qu'on a désarticulée

Petit rien, petit bout
De rien du tout
Reviens dans mes images, j'me suis perdue
Après... je n'sais plus !

Plus grandir, j'veux plus grandir
Plus grandir pour pas mourir, pas souffrir
Plus grandir, j'veux plus grandir
Pour les pleurs d'une petite fille...

# Online seit Dienstag, 18. Juli, 2006 um 18:12

Tout sens dessus dessous

Tout sens dessus dessous
Plus grandir, sorti en septembre 1985, marque de grands tournants dans la carrière de Mylène Farmer.

En premier lieu, il est produit par la nouvelle maison de disque de l'artiste. En effet, le contrat de RCA ne prévoyait que deux titres (Maman a tort, et On est tous des imbéciles), et, suite au succès d'estime du premier et l'échec du second, il ne sera pas renouvelé. Le manager de Mylène, Bertrand Le Page, gardant foi en le potentiel de l'équipe, recherche une nouvelle maison de production: ce sera Polydor. Selon les dires de l'artiste, cette enseigne "recherchait du sang neuf". Et la confiance sera telle que le contrat ne prévoira alors non plus deux singles, mais deux albums!

En outre, Plus grandir sera le premier texte écrit (avec brio!) par Mylène elle-même, Laurent se cantonnant alors à la composition musicale. Et déjà, les thèmes fondamentaux de la plume Farmer sont présents: la mort, le sexe, l'enfance..., attestant d'une fidélité de l'artiste à elle-même, quoi qu'en dise ses détracteurs.

Enfin, le clip, sur lequel nous reviendrons, est la pierre angulaire de la vidéographie débutante de la carrière de Mylène. Exceptionnel à plusieurs niveaux, il marque une innovation totale dans la manière d'envisager le vidéoclip d'un(e) artiste en France. La dévotion de Boutonnat au cinéma n'y est certainement pas sans rapport.

Comme pour On est tous des imbéciles, les supports de ce premier titre "polydorien" bénéficieront d'une face B. Ici, ce sera Chloé qui bénéficiera de cette belle place. On constate alors effectivement que, comme Mylène l'annoncait durant la promotion de son précédent single, les titres de son premier album sont déjà presque terminés.

Une nouvelle preuve de cet état d'avancement dans la création du 33 centimètres, c'est le 45T canadien We'll never die, dont la sortie s'est effectuée dans ce pays au même moment que Plus grandir en France! Peut-être jugea-t-on que le texte "franglais" plairait davantage à ce pays bilingue. Le 45T We'll never die gardera en guise de filiation le titre Chloé en face B.
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# Online seit Donnerstag, 20. Juli, 2006 um 08:26

Geändert am Montag, 23. Juli, 2007 um 01:15

Petit rien, petit bout

Petit rien, petit bout
Pour le tout premier texte écrit de sa main, Mylène évoque déjà des thèmes difficiles, et trop peu populaires pour rencontrer le grand succès. Plus grandir évoque en effet comme son nom l'indique le refus de vieillir, et par -delà, de subir les différentes épreuves que chaque individu se voit affligées durant sa vie. En ce sens, par opposition à On est tous des imbéciles, le texte de ce nouveau 45T est plus propre à toucher l'auditeur, en sondant les peurs de chaque parcelle d'enfant qui sommeille en nous.

Dès la première strophe, on trouve la chanteuse chamboulée (mise "tout sens dessus dessous")par la perte d'un "petit rien, petit bout". On pense immédiatement à une identification de celle-ci à ce petit bout (on appelle ainsi parfois un petit enfant), mais dans le texte la chanteuse procède avec distanciation, comme si le petit rien était un facteur qui impacte sur sa vie, sans être sa vie. En effet, il "a pris ses jambes à son cou", ce qui évoque la rapidité avec laquelle il a disparu. Cette vélocité n'est qu'une métaphore du caractère éphémère de l'enfance, qui s'évanouit avant de prendre conscience de son état. Le "petit bout" pourrait alors être une simple différence de taille, mais aussi, on peut le supposer, une référence à la virginité, donc à l'hymen, à cette membrane déchirée lors du premier rapport sexuel, symbole d'un abandon définitif de l'enfance.

La seconde strophe débute à son tour par "le petit rien petit bout [dont] la vie [se] fout". Ceci prélude déjà le souhait de ne plus grandir du refrain, puisque Mylène annonce que le cours de nos existences s'indiffère de la perte de ce petit bout, perte que l'individu doit affronter comme un déchirement. Le caractère inexorable de la vie qui défile rapidement et avec indifférence est alors subi comme une véritable injustice. L'évocation de "draps de papier" est plus complexe; ils sont effectivement utilisés lors d'examens médicaux. Or les draps de papier sont dans le texte "délavés", ce qui peut sembler paradoxal puisque les draps en cette matière ne sont jamais lavés mais jetés (entre chaque patient)! Il me semble qu'ici Mylène se réfère aux draps de papier absorbants, qui ont pu alors être utilisés en cas d'énurésie (pipi au lit), ce qui expliquerait alors l'image du délavement, de la perte de la couleur initiale du papier. Ceci correspondrait d'autant plus au reste du texte de Plus grandir, puisque l'enfant doit abandonner la couche de ses toutes premières années (je me réserve la propriété intellectuelle de cette hypothèse sur les draps de papier lol). De plus, Mylène écrit que les "baisers sont souillés", traduisant la perte de l'innocence du petit enfant, dont les baisers à ces jouets ou à son entourage ne comportaient pas jusqu'ici de connotation sexuelle. Les idées se troublent, les gestes deviennent équivoques...

Le refrain arrive, où est explicité (et répété) le souhait de ne "plus grandir". Les craintes sont elles aussi précisées: la peur de "mourir" (qui, on le sait, continuera à hanter Mylène), mais aussi celle de "souffrir". En effet, les premières souffrances ("les pleurs d'une petite fille") permettent d'anticiper les maux à venir. La jeune enfant constate que les tourments s'accroissent avec son âge, d'où son désir de ne plus les multiplier, et donc, indirectement, de ne plus grandir.

Mylène détourne ensuite dans le troisième couplet l'expression "jeux de mains, jeux de vilains" en "jeux de mains jeux de fous", qui correspondent au regard qu'elle porte sur les amusements des autres enfants. Mylène s'ostracise ainsi d'elle-même de sa génération ("c'est pas pour nous"), dont l'insouciance des jeux est incompatible avec sa prise de consience de son dépérissement à venir (ce fossé l'amène à qualifier par conséquent ces jeux d'incompréhensibles, donc les autres enfants de "fous"). Ayant perdu le goût, l'attrait, pour ces divertissements, la chanteuse est telle cette "poupée désarticulée" "suspendue au lit". La métaphore est d'autant plus réussie que l'image de la poupée désarticulée correspond parfaitement au sentiment que chacun a éprouvé lors de son adolescence, de voir son corps le dépasser, avec ses protubérances (et sa pilosité) naissantes. L'individu devient alors gauche dans ce nouveau corps, voire le prend en horreur. Le "lit" peut également faire allusion au fleuve hériclatéen: le lit demeure, mais l'eau qui le traverse fuit rapidement, et jamais on ne pourra revenir dans les mêmes eaux (irréversibilité du cours de la vie).

Et c'est cette impossibilité du retour en arrière qui déchire le coeur de la jeune chanteuse. En effet, elle réclame le "petit rien petit bout de rien du tout", le sommant de réapparaître ("reviens dans mes images j'me suis perdue, après je ne sais plus"). Ici, en connaissant un peu Mylène Farmer, on peut ainsi penser au trou noir de son enfance, évoquée à maintes reprises dans différentes interviews. Dès son premier texte, la chanteuse annonce indirectement qu'il lui manque tout un pan essentiel de sa vie, cette enfance, qui s'est enfuie jusqu'à disparaître de sa mémoire. Ce dernier couplet est par conséquent très riche en enseignements sur la personnalité de Mylène, qui nous livre ici l'une de ses principales douleurs.

Plus grandir est un texte trop souvent considéré comme anodin. Et pourtant pour sa première chanson écrite par elle-même, Mylène nous fait partager des douleurs (l'oubli de l'enfance, la crainte de la mort...), dont on ne saurait douter.

# Online seit Donnerstag, 20. Juli, 2006 um 13:57

Geändert am Donnerstag, 20. Juli, 2006 um 16:49

Dans mes draps de papier tout délavés

La mise en image de Plus Grandir marque une révolution dans la conception de cet outil promotionnel qu'est le clip. En effet, c'est la première fois, en 1985, que les français découvrent grâce au savoir-faire de Laurent Boutonnat, un véritable court-métrage en guise de clip. Plusieurs éléments vont dans ce sens:
- présence d'un générique au début et à la fin (du jamais vu pour un clip francophone!)
- budget digne d'une petite production (38150 euros), financé en partie par la nouvelle maison de production, Polydor
- un tournage cinémascope en 35mm (réservé jusqu'ici aux seules productions cinématographiques)
- 5 jours de tournage (4 aux studios Sets à Stains, et 1 au cimetière de Saint-Denis)
- une durée de 7'32 min
- un story-board, établi par Mylène elle-même...

Le clip débute par l'angoissante première note de l'instrumental Cendres de lune. On découvre alors les noms en rouge vif du réalisateur et de la maison de disque, bien sûr celui de l'interprète et le titre même de la chanson, ainsi que ceux des différents techniciens (dont déjà le fidèle Jean-Pierre Sauvaire). Le fond gris se meut par un travelling horizontal, qui nous fait comprendre que nous étions face à une tombe. On découvre alors des bas de jambe tous de noir vêtus (chaussures, collants, jupe... puis ensuite long manteau), précédés par deux gigantesques roues. Notons déjà la remarquable succession des tombes vues de dos et ceux des pieds en marche, comme si déjà la jeune femme que l'on devine s'avançait d'elle-même vers la mort qui l'attend (symbole du temps qui passe, et de l'échéance dernière).

Lorsque la caméra remonte au niveau de la tête de la jeune femme (dont on ne peut observer ici que la courte coupe) celle-ci s'engage avec son vieux landau (vide!) dans une allée perpendiculaire. Le vent la décoiffe un peu, et pour ramener sa veste sur son épaule, elle glisse une main gantée d'un rouge qui tranche avec son habit noir. La jeune femme secoue sa tête, attarde son regard sur quelques tombes, se protège du froid et des feuilles mortes de l'automne qui tombent sur son landeau. L'illustration de l'instrumental Cendres de lune se termine ici.

Ses yeux s'écarquillent soudain lorsqu'elle arrive au niveau d'une tombe quelque peu désertée, où est inscrit "Mylène Farmer Plus grandir". Une petite plaque seule est posée sur la tombe, où est représentée un ange. Il faut savoir que les plaques portant cette illustration ne sont destinées qu'aux enfants, que le destin a fait mourir si jeunes. Si l'on agrandit le plan, on peut de sûrcroit déchiffrer l'inscription "A notre petite-ange" (formulation quelque peu hérétique puisque les anges n'ont pas de sexe, et que par défaut on parle d'eux au masculin, alors que cette plaque est formulée au féminin). Ici, donc, c'est bien l'enfance de Mylène Farmer qui est morte (une illustration du "trou noir" évoquée déjà par le dernier couplet de la chanson?). Dès lors, la première note de Plus grandir retentit, et un gros plan sur le visage de la chanteuse nous la fait paraître troublée. Un fondu entre sa figure et un décor tout autre nous laisse imaginer que nous accèdons alors aux souvenirs qu'elle se remémore.

Le spectateur découvre de suite une pièce inquiètante. Vaste, elle est meublée à l'ancienne, des toiles d'araignée nombreuses et les vitres en éclat laissent penser à une demeure depuis longtemps inhabitée (illustration des peurs enfantines d'être abandonné?). Mais il n'en est rien, puisque une jeune personne en pyjama en soie rouge est blottie sur son lit, la tête enfouie contre une poupée au sourire triste. Le spectateur est alors pris à parti, puisque c'est son arrivée qui fait lever la tête à la jeune fille, qui le regarde pour le coup avec surprise, comme si elle avait été "découverte". Aussitôt, elle tente de cacher le sang qui recouvre les commissures de ses lèvres. L'origine de ce saignement est un mystère, même si on peut envisager ici une référence aux premières règles des adolescentes, souvent mal vécu. Déjà la petite fille commence à quitter son enfance...

La jeune femme s'empare ensuite violemment de sa poupée (conçue et fabriquée pour information par Max Gautier, le père de Mylène lui-même!), l'embrasse subrepticement sur la bouche (ou la face, l'aviez-vous remarqué?), puis, dans un moment proche de l'hystérie, la secoue avec frénésie avant de la noyer dans un bassin rempli d'eau. Ce meurtre symbolique signifie à la fois la prise de conscience par la chanteuse de la fin de son enfance (et donc le renoncement à ses jeux), mais aussi un dégoût pour cette poupée qui lui renvoie un reflet opposé à sa décrépitude: en effet, la poupée, elle, ne vieillira pas, devenant un objet d'aversion pour sa propriétaire.

On retrouve le temps du premier refrain la jeune femme agenouillée, un cierge à la main, devant une petite Vierge en plâtre. Réclame-t-elle le pardon pour le crime qu'elle vient de commettre, ou émet-elle simplement le voeu de ne plus grandir? Toujours est-il que cette invocation à une puissance surnaturelle l'émeut particulièrement, alors qu'on retrouve la poupée assise, esquissant un grand sourire par opposition à la courbe initiale de ses lèvres.

Sans doute apaisée par sa confidence à la Vierge, la jeune femme repose dans son lit, accompagnée d'une petite souris. L'orage gronde fortement dehors, laissant présager un évènement terrible. Et en effet pendant son sommeil, la porte de la chambre s'ouvre, un homme s'introduit et s'avance d'un pas déterminé vers sa future victime. Celle-ci a à peine le temps de se réveiller, de se redresser (faisant s'enfuir le rat), et de comprendre la situation, que son agresseur empêche toute tentative de fuite. Malgré les débattements de la jeune femme, il commence à la dénuder, et découvre un sein généreux qu'il empoigne quelques secondes... Un plan, on le devine, qui aura malheureusement apporté de l'eau au moulin de certains censeurs.

Le pont musical arrive, où la Vierge devient mobile pour se cacher les yeux (impuissance de Dieu face à la corruption de l'innocence), où la jeune femme devient consentante dans cette relation sexuelle (glissement de la langue sur les lèvres), et où deux nonnes de petite taille assistent au "spectacle" avec des figures outrées, mais sans pour autant venir y mettre un terme. L'homme quitte ensuite simplement le lit.

La scène suivante, on retrouve la jeune femme coursée par les deux religieuses. Laurent Boutonnat confiait à l'époque avoir mis pas mal de souvenirs de son séjour scolaire chez les Jésuites dans ce clip. On peut également soupçonner un jeu de mots sur les "nonnes naines". Ces personnes de petite taille symboliseraient l'accomplissement du voeu de ne "plus grandir" (prière que Mylène adressait à la Vierge précédemment); en effet, elles n'ont pas vécu l'acte sexuel (étant religieuses).

Ces jeunes vierges vont donc condamner le consentement de la jeune chanteuse, qui, elle, aura grandi suite à ce coït. Ce n'est peut-être d'ailleurs pas pour rien qu'on la trouve sur-marquillé, avec un rouge à lèvre plus seyant, et du fard à paupières bleu. Elle est simplement devenue femme... Mais le plaisir vécu contredit aussitôt la morale religieuse, et les deux soeurs font réciter à la jeune femme ses Pater et Ave Maria tout en lui infligeant des châtiments corporels (que Boutonnat dénonce ici implicitement). On sent cependant dans le regard des deux nonnes une sorte de jalousie vis-à-vis de leur victime, et c'est peut-être le paradoxe de ceux qui sacrifient leur vie à leur Dieu: condamner chez les autres des désirs qu'ils éprouvent au fond d'eux-mêmes.

Suite à ce "passage à tabac", Mylène demeure seule, prostrée, se tenant le ventre (voire image ci-bas). Ce maintien peut paraître inquiétant, car même si cela est filmé de manière implicite, il semblerait que la nouvelle adulte fasse une fausse couche suite aux violences qu'elle vient de subir (réminiscence du texte de L'annonciation, où, comme nous l'avons vu, sous prétexte faussement religieux, des faiseurs d'ange mettent fin à la vie de l'embryon). Cette évocation cachée révèle ici tout l'art de Laurent Boutonnat dans sa manière de filmer.

Face à cette tragédie, Mylène rentre dans une crise de folie encore plus grande que la première. Si suite à ces premières règles, elle noie sa poupée, ici suite à son premier acte sexuel et la perte de son enfant, elle va carrément la guillotiner à l'aide d'un hachoir! Cette très grande violence marque un adieu définitif à son enfance.

Libérée de ses craintes premières, la jeune adulte tournoie alors légèrement, et commence enfin sa véritable vie. Dans cette danse, les toiles d'araignée et les rideaux recouvrent par moments son visage, et on découvre alors Mylène considérablement vieillie (le masque est d'ailleurs assez réussi), les gestes de moins en moins souples, jusqu'à ce qu'elle soit trop vieille pour de nouveau se déplacer. Preuve de cette vieillesse, on retrouve la poupée enfouie sous des toiles d'araignées (faut le voir). On l'observe alors derrière une fenêtre, paralysée (voire le tremblement sénile de sa main), rejointe par une colombe, symbole de la paix, et donc ici peut-être de la mort.

La femme en noir réapparaît, jette un dernier regard dédaigneux sur la tombe de celle dont on vient de suivre la vie, et lui jette non-chalamment le petit bouquet de fleurs coupées qu'elle tenait jusqu'ici. Elle repart finalement avec son landeau, et le dernier plan nous montre la poupée, vivante, adressant un sourire au spectateur. La vie aura en effet eu raison des tourments subis, et ce qui est enterré ici, c'est bel et bien le souhait de ne plus grandir...

Le générique final, austère, nous dévoile un nouvel instrumental, qu'on ne retrouvera nulle part ailleurs.

Malgré sa beauté, le clip de Plus grandir sera censuré par plusieurs chaînes, qui désapprouveront et masqueront la scène du viol, ainsi que la violence des petites nonnes. Peu importe, cette production est la première qui résulte de l'osmose Boutonnat-Farmer, et dès le single suivant, leur collaboration leur permettra d'atteindre une gloire bien méritée!
Dans mes draps de papier tout délavés
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# Online seit Montag, 24. Juli, 2006 um 16:35

Geändert am Montag, 23. Juli, 2007 um 01:15