Puisque nous avons débuté notre rétrospective Maman a tort par Frances Farmer, je vous propose ici de (re)découvrir la seconde référence majeure de ce premier 45T: Louis II de Bavière.
Ludwig Otto Frederik Wilhelm von Wittelsbach de son nom est né le 25 Août 1845 au château de Nymphenburg, près de Munich. Fils du roi de Bavière Maximilien II Joseph, et de "Marie de Prusse", il naît donc prince. Cent coups de canon seront alors tirés pour annoncer au peuple que la succession du trône de Bavière est assurée. Maximilien, fou de joie (un premier enfant mort-né ayant précédé Louis), embrassa tout ce qui était en ce moment à sa portée. Le premier prénom du nourrisson fut Othon, mais son grand-père lui préféra celui de Ludwig.
La mère et l'enfant vont s'installer dans les Alpes, au magnifique château de Hohenschwangau, "le haut pays du cygne". Ce cadre romantique se réfère aux mythes de l'antique Germanie, et ce sera principalement celui du Chevalier au Cygne, Lohengrin, qui marquera certainement à jamais Ludwig.
Un petit frêre, Othon, naît pendant les révolutions de 1848. Ces dernières amèneront Maximilien a abdiqué, faisant de Ludwig le nouveau roi de Bavière.
Malgré une très vive intelligence, le jeune roi ne s'applique pas aux leçons qu'on lui donne, alors même que certains de ses professeurs sont très réputés. Il préfère se réfugier dans des rêveries solitaires, par la lecture notoire d'oeuvres épiques, et par son goût pour l'architecture. Il adore sa gouvernante, Sybille Meilhaus, avec lequel il gardera une correspondance sans faux-semblants. Sa générosité l'amène déjà à multiplier les présents, et à rencontrer en cachette des soldats afin de leur faire parvenir de la nourriture.
A 12 ans, il entend parler de Wagner par Sybille, et est déjà fasciné par cet homme qui insuffle une nouvelle énergie aux mythes germaniques, par la musique et la dramaturgie. A 13 ans, il dévore déjà les traités les plus arides de Wagner. En 1862, il supplie (avec succès) son père de lui permettre d'assister à la représentation de... Lohengrin. Sa fascination est telle que Ludwig obtient à quinze ans et demi une représentation privée de ce drame... et il y en aura de nombreuses autres. L'année suivante, Tannhäuser le mettra dans un tel état de transe qu'on croira à une crise d'épilepsie du jeune homme.
Cette passion inquiète d'autant plus l'entourage propre que Ludwig tente de se soustraire à ses fonctions officielles qui l'ennuient terriblement. A sa majorité, il reçoit des félicitations de toute part, mais il privilégie celles des habitants des Alpes...
Il devient le grand ami du Prince Paul de Tour-et-Tassis. Entre eux naît une relation intense pour laquelle ils oublient l'étiquette pour vivre pleinement. On ne saura jamais si cette amitié était finalement un véritable amour (Ludwig étant particulièrement touché par l'esthétique masculine, comme le prouverait plus tard sa mission pour un photographe afin qu'il lui rapporte des clichés d'hommes bien bâtis et nus), toujours est-il que plusieurs lettres seront plus tard brûlées par la famille Tour-et-Tassis, pour des motifs inconnus.
Mais le conflit des Duchés fait rage au nord, et Maximilien meurt en 1864. De ses 1.90m (quand même!), le nouveau roi prononce son discours d'intronisation. Afin de rattraper au possible son retard en matière politique, il s'entoure des ministres de son père, et tente d'approfondir ce qu'il peut, à l'étonnement de ses anciens détracteurs.
Ludwig engage un homme afin de retrouver Wagner, qui n'en revient pas d'être ainsi "secouru" alors que sa vie chaotique ne lui laissait guère d'illusions pour l'avenir. Leur recontre est émouvante, Ludwig refuse son étiquette supérieure, et le traite d'égal à égal. Mieux, il lui demande d'oublier toutes les tracasseries de la vie d'artiste: le roi pourvoira à tous ses besoins afin qu'il déploie de son mieux tout son art.
L'été, Ludwig quitte trois mois Wagner afin de rejoindre sa cousine Elisabeth, connue sous le nom de Sissi Impératrice. Les deux ont un goût pour la nature, l'art, la nuit, et répugnent aux protocoles: leur complicité n'en est que plus vive.
A son retour, Wagner lui soumet différents projets colossaux, qui emballent Ludwig, mais qui font grimacer l'entourage politique, qui voit s'aligner les factures de ces caprices artistiques. Le premier ministre notamment multiplie les obstacles pour empêcher la réalisation de ces projets faramineux, et le peuple commence à ironiser sur la relation qui unit le roi au compositeur... Le premier ministre rapportera même à Ludwig que le tableau autoportrait qu'il avait demandé à Wagner, et qu'il pensait recevoir en cadeau, l'artiste le lui avait en fait facturé. Le roi fuit un peu celui qui l'a trahi, mais lui pardonne rapidement quand il apprend son intention de repartir de Bavière.
Ludwig sera captivé par la représentation de Tristan und Isolde, là où la famille royale demeure perplexe. Ne préférant pas assister à la troisième représentation pour fuir un oncle présent, Ludwig en exige une quatrième, qu'il quittera avant la fin dans un très luxueux train où il finira... aux côtés du machiniste!
Wagner réclame de nouveaux de l'argent, mais aussi le départ du premier ministre. Ludwig consent à la première requête, mais pas à la seconde. Pour se venger, le premier ministre verse l'argent demandé en petite monnaie, obligeant le recours à un convoi de fonds important. A sa vue, le peuple bavarois devient excédé. Ludwig, après un dernier séjour avec le compositeur à Hohenschwangau, où sera redonnée une représentation de Lohengrin (avec pour acteur... Paul de Tour-et-Tassis!), se voit dans l'obligation de demander à Wagner son départ pour la fin de l'année 1865. L'étiquette lui aura brisé un rêve...
Une alliance est exigée pour faire face à la Prusse, mais Ludwig répugne à la guerre, et dans l'esprit de ses prédecesseurs, souhaite maintenir la paix et la neutralité de la Bavière. Il se doit cependant d'inspecter son armée, mais il le fait sans casque et avec un parapluie, ce qui fera grincer des dents. En 1866, il se voit également obligé de signer l'ordre de mobilisation générale. Chagriné, il s'isole sur une île où il fait planter 18 000 pieds de rosiers.
Il rejoint rapidement Wagner afin de lui faire partager son intention d'abdiquer, mais le compositeur, craignant de perdre ses fonds, l'en dissuade. A son retour, Ludwig reçoit un accueil glacial à Munich. Mais l'Autriche, puis le royaume de Bavière, sont écrasés par la Prusse. Par son attitude, Ludwig aura permis un moindre mal dans cette défaite, ce qui lui vaut la reconnaissance de son peuple, et lui permet de se défaire de son premier ministre et quelques autres qui l'avaient inciter à la guerre. Le prince de Hohenlohe est nommé premier ministre, avec pour requête le retour de Wagner.
Ludwig demande alors la main de Sophie, soeur de Sissi, au duc Max en Bavière. Mais la conception de cet "amour" est de suite théâtralisé, Ludwig le vivant comme un opéra, donnant à la jeune femme le nom de personnages wagnériens. La relation demeure platonique, malgré sa popularité.
Le 6 mai, Ludwig rencontre un homme de son âge, Richard Hornig, fils du responsable des haras royaux. Ce dernier supplante Paul de Tour-et-Tassis, et noue avec le roi une relation forte qui dépasse l'amitié. C'est avec lui que Ludwig voyagera en France pour l'exposition universelle, et qu'il visitera l'achitecture de Pierrefonds. Auprès du couple impérial français, le roi bavarois s'acquitte parfaitement de ses fonctions, et profite à son retour du décès de son oncle pour repousser le mariage avec Sophie.
Une rumeur attesterait du rapprochement de celle-ci avec un photographe pendant le voyage du roi: ce dernier en profite pour annuler le mariage en sauvant les apparences. Il rédige une lettre de rupture austère, provoquant l'irritation de Sissi, mais se sentant soulagé de ce poids.
Louis souhaite établir son idéal de pureté et de beauté dans les montagnes: il décide de relever les ruines du futur château de Neuschwanstein, dédié à la gloire de l'Antique Germanie et à l'oeuvre de Wagner. En parallèle, il fait réaliser sur les toits de la Residenz de Munich une gigantesque structure de métal et de verre destinée à abriter son premier refuge, sorte de vaste jardin d'hiver à la mode orientale. Une nacelle d'or y est tirée sur la pièce d'eau par un cygne (toujours la référence à Lohengrin).
Admiratif du Versailles de Louis XIV, Ludwig décide également d'édifier une copie de ce château; il s'agira de Linderhof et Herrenchiemsee (qui sera construit en 1878). Malheureusement, les évènements historiques et le système complexe des alliances amène le roi bavarois à signer en 1870 la mobilisation de son pays aux côtés de la Prusse contre la France, ce pays contre lequel il ne veut aucun mal. Napoléon capitulera, perdant l'Alsace. Ludwig refuse de céder à l'euphorie de la victoire de son peuple, et doit contre son gré signer l'unité germanique, qui met fin aux petits monarques du territoire.
Ludwig change également physiquement: une très mauvaise dentition qui lui procure maux de tête et insomnies, et une chute de cheval qui ne lui permet plus de faire du sport, lui font perdre ses traits juvéniles. Esseulé, le monarque trouve réconfort auprès de Richard Hornig, qu'il embrasse parfois furtivement, se repentant aussitôt du fait de sa foi très forte. On ne saura si cette attirance fut réellement concrétisée.
En 1869, Ludwig entame la rédaction d'un journal intime, qui sera plus tard confisqué et falsifié. On y découvre un roi en lutte contre des sentiments intérieurs, se faisant une si haute image de la majesté royale qu'il s'interdit tout baiser et même toute masturbation.
En 1874, malgré un accueil glacial des français, Ludwig revient à Paris, où on lui fait démonstration des grandes eaux à Versailles, le replongeant dans la magie de la Cour du XVIIIième siècle.
Il se rapproche dès 1875 de sa cousine Sissi, qui lui tenait jusqu'alors rigueur des fianciailles rompues avec sa soeur. Mais la même année, c'est le jeune frêre du roi, Othon, qui crée le scandale. Surveillé depuis deux ans pour son état psychique, il parvient à se libérer et fait irruption dans une église où il hurle différentes insanités. Ludwig accepte son internement, à la condtion qu'il reçoive les meilleurs soins.
Ludwig apparaît à un festival où son peuple le fête. Mais peu de temps après, le roi disparaît. Beaucoup pensent à un complot de famille ou politique, alors qu'en fait il s'était simplement rendu à la cathédrale de Reims en France, temple de la monarchie française. Les intrigues menées afin de destituer Ludwig de son trône l'inquiète, et il songe alors à créer sa propre police de sécurité.
En 1881, lors d'une représentation privée, le roi remarque un jeune bel acteur, Josef Kainz, qui tient le rôle de Didier dans Manon Delorme de Hugo. Il lui fait parvenir un saphir et un diamant. Mais très vite, Ludwig sera déçu par ce jeune homme, qui demeure bel et bien un être humain en deça de l'idéal pur qu'il conçoit. Néanmoins, il continuera à le couvrir de cadeaux.
En 1883, le roi apprend avec une vive douleur la mort de Wagner. Profondément affecté, il se retire davantage des cérémonies, et fuit les courtisans hypocrites, privilégiant les conversations avec les gens simples de son peuple. Ce dernier s'attache alors davantage à son souverain. Il mène également une véritable politique sociale afin de favoriser le bien-être de son peuple: soutien de la Croix-Rouge, distribution de repas chauds aux plus démunis, ouverture d'écoles...
Mais la construction extravagante de ses châteaux dépasse les moyens de la cassette royale, les comptes sombrent dans le rouge. Ludwig mène un véritable bras de fer avec ses ministres, irritant son propre entourage. Le roi refusant toute abdication, sa grande popularité ne laisse qu'une solution à ses ministres: montrer que Ludwig est mentalement incapable de régner.
On fait alors courir certaiens rumeurs sur le compte du roi: il entraînerait de jeunes éphèbes nus sur des danses orientales, marquerait au fer rouge des valets désobéissants, parlerait à des bustes en pierre etc. Le premier ministre fait venir le même docteur qui s'était occupé du jeune frêre du roi, Othon: le professeur Gudden. Il est chargé d'établir un rapport d'expertises psychiatriques, sans même rencontrer Ludwig, seulement à partir des témoignages qui lui sont donnés, afin que le roi soit déchu.
Bismarck n'est pas dupe: il sait que les ministres veulent seulement se maintenir au pouvoir, mais il garantit sa neutralité. Ludwig annonce son intention de révoquer le gouvernement, précipitant par là sa future chute. En effet, Lutz, le premier ministre, presse le professeur Gudden, qui déclare alors une paranoïa aïgue incurable du roi.
Le 12 juin, Ludwig est arrêté et conduit au château de Berg, devenu hôpital psychiatique duquel il est interdit de s'approcher, et où le roi est étroitement surveillé. Sissi tentera de l'aider à s'évader, mais tout se joue contre ses projets. Le 13, le roi reçoit l'autorisation de se promener dans le parc du château, et le professeur Gudden, doutant alors de son propre diagnostique fondé sur des témoignages faux, accepte de l'accompagner. Les deux hommes ne rentrent pas, des fouilles sont menées, et le cadavre du roi et du docteur sont découverts à 22h dans le lac de Starnberg. Jamais personne n'aura pu déterminer exactement s'il s'est agi d'un suicide, d'un accident suite à une lutte, ou d'un véritable meurtre commandité par le nouveau pouvoir... même si de nombreux éléments pencheraient pour la dernière hypthèse.
La vie de Ludwig présente plusieurs points communs avec l'oeuvre de Mylène: un idéal de pureté et de beauté, la fuite des artifices et de l'hypocrisie, une ambiguïté sexuelle et psychologique... Tout comme Frances Farmer, la folie prétendue n'est pas avérée, et elle est déclarée seulement pour l'avantage d'une machine (cinématographique pour la première, politique pour le second) qui broiera l'individualité de ces deux personnages. Tout comme Frances, Ludwig est une victime, dont l'innocence provient en quelque sorte d'une méconnaissance de certaines règles sociales et politiques (les plaisirs impolis).
Notons également l'adaptation cinématographique de la vie du roi, qui aura peut-être séduit Laurent Boutonnat et Mylène Farmer: Ludwig, le crépuscule des Dieux de Visconti
Bibliographie très importante, mais pour l'essentiel: Les carnets secrets du roi, en partie malheureusement falsifiés et Louis II de Bavière ou le roi foudroyé, de Jean des Cars. Pour les amateurs de manga esthétiques mais peu scrupuleux quant à la vérité historique, dévorez la trilogie Ludwig II de You Higuri
Ludwig Otto Frederik Wilhelm von Wittelsbach de son nom est né le 25 Août 1845 au château de Nymphenburg, près de Munich. Fils du roi de Bavière Maximilien II Joseph, et de "Marie de Prusse", il naît donc prince. Cent coups de canon seront alors tirés pour annoncer au peuple que la succession du trône de Bavière est assurée. Maximilien, fou de joie (un premier enfant mort-né ayant précédé Louis), embrassa tout ce qui était en ce moment à sa portée. Le premier prénom du nourrisson fut Othon, mais son grand-père lui préféra celui de Ludwig.
La mère et l'enfant vont s'installer dans les Alpes, au magnifique château de Hohenschwangau, "le haut pays du cygne". Ce cadre romantique se réfère aux mythes de l'antique Germanie, et ce sera principalement celui du Chevalier au Cygne, Lohengrin, qui marquera certainement à jamais Ludwig.
Un petit frêre, Othon, naît pendant les révolutions de 1848. Ces dernières amèneront Maximilien a abdiqué, faisant de Ludwig le nouveau roi de Bavière.
Malgré une très vive intelligence, le jeune roi ne s'applique pas aux leçons qu'on lui donne, alors même que certains de ses professeurs sont très réputés. Il préfère se réfugier dans des rêveries solitaires, par la lecture notoire d'oeuvres épiques, et par son goût pour l'architecture. Il adore sa gouvernante, Sybille Meilhaus, avec lequel il gardera une correspondance sans faux-semblants. Sa générosité l'amène déjà à multiplier les présents, et à rencontrer en cachette des soldats afin de leur faire parvenir de la nourriture.
A 12 ans, il entend parler de Wagner par Sybille, et est déjà fasciné par cet homme qui insuffle une nouvelle énergie aux mythes germaniques, par la musique et la dramaturgie. A 13 ans, il dévore déjà les traités les plus arides de Wagner. En 1862, il supplie (avec succès) son père de lui permettre d'assister à la représentation de... Lohengrin. Sa fascination est telle que Ludwig obtient à quinze ans et demi une représentation privée de ce drame... et il y en aura de nombreuses autres. L'année suivante, Tannhäuser le mettra dans un tel état de transe qu'on croira à une crise d'épilepsie du jeune homme.
Cette passion inquiète d'autant plus l'entourage propre que Ludwig tente de se soustraire à ses fonctions officielles qui l'ennuient terriblement. A sa majorité, il reçoit des félicitations de toute part, mais il privilégie celles des habitants des Alpes...
Il devient le grand ami du Prince Paul de Tour-et-Tassis. Entre eux naît une relation intense pour laquelle ils oublient l'étiquette pour vivre pleinement. On ne saura jamais si cette amitié était finalement un véritable amour (Ludwig étant particulièrement touché par l'esthétique masculine, comme le prouverait plus tard sa mission pour un photographe afin qu'il lui rapporte des clichés d'hommes bien bâtis et nus), toujours est-il que plusieurs lettres seront plus tard brûlées par la famille Tour-et-Tassis, pour des motifs inconnus.
Mais le conflit des Duchés fait rage au nord, et Maximilien meurt en 1864. De ses 1.90m (quand même!), le nouveau roi prononce son discours d'intronisation. Afin de rattraper au possible son retard en matière politique, il s'entoure des ministres de son père, et tente d'approfondir ce qu'il peut, à l'étonnement de ses anciens détracteurs.
Ludwig engage un homme afin de retrouver Wagner, qui n'en revient pas d'être ainsi "secouru" alors que sa vie chaotique ne lui laissait guère d'illusions pour l'avenir. Leur recontre est émouvante, Ludwig refuse son étiquette supérieure, et le traite d'égal à égal. Mieux, il lui demande d'oublier toutes les tracasseries de la vie d'artiste: le roi pourvoira à tous ses besoins afin qu'il déploie de son mieux tout son art.
L'été, Ludwig quitte trois mois Wagner afin de rejoindre sa cousine Elisabeth, connue sous le nom de Sissi Impératrice. Les deux ont un goût pour la nature, l'art, la nuit, et répugnent aux protocoles: leur complicité n'en est que plus vive.
A son retour, Wagner lui soumet différents projets colossaux, qui emballent Ludwig, mais qui font grimacer l'entourage politique, qui voit s'aligner les factures de ces caprices artistiques. Le premier ministre notamment multiplie les obstacles pour empêcher la réalisation de ces projets faramineux, et le peuple commence à ironiser sur la relation qui unit le roi au compositeur... Le premier ministre rapportera même à Ludwig que le tableau autoportrait qu'il avait demandé à Wagner, et qu'il pensait recevoir en cadeau, l'artiste le lui avait en fait facturé. Le roi fuit un peu celui qui l'a trahi, mais lui pardonne rapidement quand il apprend son intention de repartir de Bavière.
Ludwig sera captivé par la représentation de Tristan und Isolde, là où la famille royale demeure perplexe. Ne préférant pas assister à la troisième représentation pour fuir un oncle présent, Ludwig en exige une quatrième, qu'il quittera avant la fin dans un très luxueux train où il finira... aux côtés du machiniste!
Wagner réclame de nouveaux de l'argent, mais aussi le départ du premier ministre. Ludwig consent à la première requête, mais pas à la seconde. Pour se venger, le premier ministre verse l'argent demandé en petite monnaie, obligeant le recours à un convoi de fonds important. A sa vue, le peuple bavarois devient excédé. Ludwig, après un dernier séjour avec le compositeur à Hohenschwangau, où sera redonnée une représentation de Lohengrin (avec pour acteur... Paul de Tour-et-Tassis!), se voit dans l'obligation de demander à Wagner son départ pour la fin de l'année 1865. L'étiquette lui aura brisé un rêve...
Une alliance est exigée pour faire face à la Prusse, mais Ludwig répugne à la guerre, et dans l'esprit de ses prédecesseurs, souhaite maintenir la paix et la neutralité de la Bavière. Il se doit cependant d'inspecter son armée, mais il le fait sans casque et avec un parapluie, ce qui fera grincer des dents. En 1866, il se voit également obligé de signer l'ordre de mobilisation générale. Chagriné, il s'isole sur une île où il fait planter 18 000 pieds de rosiers.
Il rejoint rapidement Wagner afin de lui faire partager son intention d'abdiquer, mais le compositeur, craignant de perdre ses fonds, l'en dissuade. A son retour, Ludwig reçoit un accueil glacial à Munich. Mais l'Autriche, puis le royaume de Bavière, sont écrasés par la Prusse. Par son attitude, Ludwig aura permis un moindre mal dans cette défaite, ce qui lui vaut la reconnaissance de son peuple, et lui permet de se défaire de son premier ministre et quelques autres qui l'avaient inciter à la guerre. Le prince de Hohenlohe est nommé premier ministre, avec pour requête le retour de Wagner.
Ludwig demande alors la main de Sophie, soeur de Sissi, au duc Max en Bavière. Mais la conception de cet "amour" est de suite théâtralisé, Ludwig le vivant comme un opéra, donnant à la jeune femme le nom de personnages wagnériens. La relation demeure platonique, malgré sa popularité.
Le 6 mai, Ludwig rencontre un homme de son âge, Richard Hornig, fils du responsable des haras royaux. Ce dernier supplante Paul de Tour-et-Tassis, et noue avec le roi une relation forte qui dépasse l'amitié. C'est avec lui que Ludwig voyagera en France pour l'exposition universelle, et qu'il visitera l'achitecture de Pierrefonds. Auprès du couple impérial français, le roi bavarois s'acquitte parfaitement de ses fonctions, et profite à son retour du décès de son oncle pour repousser le mariage avec Sophie.
Une rumeur attesterait du rapprochement de celle-ci avec un photographe pendant le voyage du roi: ce dernier en profite pour annuler le mariage en sauvant les apparences. Il rédige une lettre de rupture austère, provoquant l'irritation de Sissi, mais se sentant soulagé de ce poids.
Louis souhaite établir son idéal de pureté et de beauté dans les montagnes: il décide de relever les ruines du futur château de Neuschwanstein, dédié à la gloire de l'Antique Germanie et à l'oeuvre de Wagner. En parallèle, il fait réaliser sur les toits de la Residenz de Munich une gigantesque structure de métal et de verre destinée à abriter son premier refuge, sorte de vaste jardin d'hiver à la mode orientale. Une nacelle d'or y est tirée sur la pièce d'eau par un cygne (toujours la référence à Lohengrin).
Admiratif du Versailles de Louis XIV, Ludwig décide également d'édifier une copie de ce château; il s'agira de Linderhof et Herrenchiemsee (qui sera construit en 1878). Malheureusement, les évènements historiques et le système complexe des alliances amène le roi bavarois à signer en 1870 la mobilisation de son pays aux côtés de la Prusse contre la France, ce pays contre lequel il ne veut aucun mal. Napoléon capitulera, perdant l'Alsace. Ludwig refuse de céder à l'euphorie de la victoire de son peuple, et doit contre son gré signer l'unité germanique, qui met fin aux petits monarques du territoire.
Ludwig change également physiquement: une très mauvaise dentition qui lui procure maux de tête et insomnies, et une chute de cheval qui ne lui permet plus de faire du sport, lui font perdre ses traits juvéniles. Esseulé, le monarque trouve réconfort auprès de Richard Hornig, qu'il embrasse parfois furtivement, se repentant aussitôt du fait de sa foi très forte. On ne saura si cette attirance fut réellement concrétisée.
En 1869, Ludwig entame la rédaction d'un journal intime, qui sera plus tard confisqué et falsifié. On y découvre un roi en lutte contre des sentiments intérieurs, se faisant une si haute image de la majesté royale qu'il s'interdit tout baiser et même toute masturbation.
En 1874, malgré un accueil glacial des français, Ludwig revient à Paris, où on lui fait démonstration des grandes eaux à Versailles, le replongeant dans la magie de la Cour du XVIIIième siècle.
Il se rapproche dès 1875 de sa cousine Sissi, qui lui tenait jusqu'alors rigueur des fianciailles rompues avec sa soeur. Mais la même année, c'est le jeune frêre du roi, Othon, qui crée le scandale. Surveillé depuis deux ans pour son état psychique, il parvient à se libérer et fait irruption dans une église où il hurle différentes insanités. Ludwig accepte son internement, à la condtion qu'il reçoive les meilleurs soins.
Ludwig apparaît à un festival où son peuple le fête. Mais peu de temps après, le roi disparaît. Beaucoup pensent à un complot de famille ou politique, alors qu'en fait il s'était simplement rendu à la cathédrale de Reims en France, temple de la monarchie française. Les intrigues menées afin de destituer Ludwig de son trône l'inquiète, et il songe alors à créer sa propre police de sécurité.
En 1881, lors d'une représentation privée, le roi remarque un jeune bel acteur, Josef Kainz, qui tient le rôle de Didier dans Manon Delorme de Hugo. Il lui fait parvenir un saphir et un diamant. Mais très vite, Ludwig sera déçu par ce jeune homme, qui demeure bel et bien un être humain en deça de l'idéal pur qu'il conçoit. Néanmoins, il continuera à le couvrir de cadeaux.
En 1883, le roi apprend avec une vive douleur la mort de Wagner. Profondément affecté, il se retire davantage des cérémonies, et fuit les courtisans hypocrites, privilégiant les conversations avec les gens simples de son peuple. Ce dernier s'attache alors davantage à son souverain. Il mène également une véritable politique sociale afin de favoriser le bien-être de son peuple: soutien de la Croix-Rouge, distribution de repas chauds aux plus démunis, ouverture d'écoles...
Mais la construction extravagante de ses châteaux dépasse les moyens de la cassette royale, les comptes sombrent dans le rouge. Ludwig mène un véritable bras de fer avec ses ministres, irritant son propre entourage. Le roi refusant toute abdication, sa grande popularité ne laisse qu'une solution à ses ministres: montrer que Ludwig est mentalement incapable de régner.
On fait alors courir certaiens rumeurs sur le compte du roi: il entraînerait de jeunes éphèbes nus sur des danses orientales, marquerait au fer rouge des valets désobéissants, parlerait à des bustes en pierre etc. Le premier ministre fait venir le même docteur qui s'était occupé du jeune frêre du roi, Othon: le professeur Gudden. Il est chargé d'établir un rapport d'expertises psychiatriques, sans même rencontrer Ludwig, seulement à partir des témoignages qui lui sont donnés, afin que le roi soit déchu.
Bismarck n'est pas dupe: il sait que les ministres veulent seulement se maintenir au pouvoir, mais il garantit sa neutralité. Ludwig annonce son intention de révoquer le gouvernement, précipitant par là sa future chute. En effet, Lutz, le premier ministre, presse le professeur Gudden, qui déclare alors une paranoïa aïgue incurable du roi.
Le 12 juin, Ludwig est arrêté et conduit au château de Berg, devenu hôpital psychiatique duquel il est interdit de s'approcher, et où le roi est étroitement surveillé. Sissi tentera de l'aider à s'évader, mais tout se joue contre ses projets. Le 13, le roi reçoit l'autorisation de se promener dans le parc du château, et le professeur Gudden, doutant alors de son propre diagnostique fondé sur des témoignages faux, accepte de l'accompagner. Les deux hommes ne rentrent pas, des fouilles sont menées, et le cadavre du roi et du docteur sont découverts à 22h dans le lac de Starnberg. Jamais personne n'aura pu déterminer exactement s'il s'est agi d'un suicide, d'un accident suite à une lutte, ou d'un véritable meurtre commandité par le nouveau pouvoir... même si de nombreux éléments pencheraient pour la dernière hypthèse.
La vie de Ludwig présente plusieurs points communs avec l'oeuvre de Mylène: un idéal de pureté et de beauté, la fuite des artifices et de l'hypocrisie, une ambiguïté sexuelle et psychologique... Tout comme Frances Farmer, la folie prétendue n'est pas avérée, et elle est déclarée seulement pour l'avantage d'une machine (cinématographique pour la première, politique pour le second) qui broiera l'individualité de ces deux personnages. Tout comme Frances, Ludwig est une victime, dont l'innocence provient en quelque sorte d'une méconnaissance de certaines règles sociales et politiques (les plaisirs impolis).
Notons également l'adaptation cinématographique de la vie du roi, qui aura peut-être séduit Laurent Boutonnat et Mylène Farmer: Ludwig, le crépuscule des Dieux de Visconti
Bibliographie très importante, mais pour l'essentiel: Les carnets secrets du roi, en partie malheureusement falsifiés et Louis II de Bavière ou le roi foudroyé, de Jean des Cars. Pour les amateurs de manga esthétiques mais peu scrupuleux quant à la vérité historique, dévorez la trilogie Ludwig II de You Higuri



