C'est dur la vie

C'est dur la vie
Puisque nous avons débuté notre rétrospective Maman a tort par Frances Farmer, je vous propose ici de (re)découvrir la seconde référence majeure de ce premier 45T: Louis II de Bavière.

Ludwig Otto Frederik Wilhelm von Wittelsbach de son nom est né le 25 Août 1845 au château de Nymphenburg, près de Munich. Fils du roi de Bavière Maximilien II Joseph, et de "Marie de Prusse", il naît donc prince. Cent coups de canon seront alors tirés pour annoncer au peuple que la succession du trône de Bavière est assurée. Maximilien, fou de joie (un premier enfant mort-né ayant précédé Louis), embrassa tout ce qui était en ce moment à sa portée. Le premier prénom du nourrisson fut Othon, mais son grand-père lui préféra celui de Ludwig.

La mère et l'enfant vont s'installer dans les Alpes, au magnifique château de Hohenschwangau, "le haut pays du cygne". Ce cadre romantique se réfère aux mythes de l'antique Germanie, et ce sera principalement celui du Chevalier au Cygne, Lohengrin, qui marquera certainement à jamais Ludwig.

Un petit frêre, Othon, naît pendant les révolutions de 1848. Ces dernières amèneront Maximilien a abdiqué, faisant de Ludwig le nouveau roi de Bavière.

Malgré une très vive intelligence, le jeune roi ne s'applique pas aux leçons qu'on lui donne, alors même que certains de ses professeurs sont très réputés. Il préfère se réfugier dans des rêveries solitaires, par la lecture notoire d'oeuvres épiques, et par son goût pour l'architecture. Il adore sa gouvernante, Sybille Meilhaus, avec lequel il gardera une correspondance sans faux-semblants. Sa générosité l'amène déjà à multiplier les présents, et à rencontrer en cachette des soldats afin de leur faire parvenir de la nourriture.

A 12 ans, il entend parler de Wagner par Sybille, et est déjà fasciné par cet homme qui insuffle une nouvelle énergie aux mythes germaniques, par la musique et la dramaturgie. A 13 ans, il dévore déjà les traités les plus arides de Wagner. En 1862, il supplie (avec succès) son père de lui permettre d'assister à la représentation de... Lohengrin. Sa fascination est telle que Ludwig obtient à quinze ans et demi une représentation privée de ce drame... et il y en aura de nombreuses autres. L'année suivante, Tannhäuser le mettra dans un tel état de transe qu'on croira à une crise d'épilepsie du jeune homme.

Cette passion inquiète d'autant plus l'entourage propre que Ludwig tente de se soustraire à ses fonctions officielles qui l'ennuient terriblement. A sa majorité, il reçoit des félicitations de toute part, mais il privilégie celles des habitants des Alpes...

Il devient le grand ami du Prince Paul de Tour-et-Tassis. Entre eux naît une relation intense pour laquelle ils oublient l'étiquette pour vivre pleinement. On ne saura jamais si cette amitié était finalement un véritable amour (Ludwig étant particulièrement touché par l'esthétique masculine, comme le prouverait plus tard sa mission pour un photographe afin qu'il lui rapporte des clichés d'hommes bien bâtis et nus), toujours est-il que plusieurs lettres seront plus tard brûlées par la famille Tour-et-Tassis, pour des motifs inconnus.

Mais le conflit des Duchés fait rage au nord, et Maximilien meurt en 1864. De ses 1.90m (quand même!), le nouveau roi prononce son discours d'intronisation. Afin de rattraper au possible son retard en matière politique, il s'entoure des ministres de son père, et tente d'approfondir ce qu'il peut, à l'étonnement de ses anciens détracteurs.

Ludwig engage un homme afin de retrouver Wagner, qui n'en revient pas d'être ainsi "secouru" alors que sa vie chaotique ne lui laissait guère d'illusions pour l'avenir. Leur recontre est émouvante, Ludwig refuse son étiquette supérieure, et le traite d'égal à égal. Mieux, il lui demande d'oublier toutes les tracasseries de la vie d'artiste: le roi pourvoira à tous ses besoins afin qu'il déploie de son mieux tout son art.

L'été, Ludwig quitte trois mois Wagner afin de rejoindre sa cousine Elisabeth, connue sous le nom de Sissi Impératrice. Les deux ont un goût pour la nature, l'art, la nuit, et répugnent aux protocoles: leur complicité n'en est que plus vive.

A son retour, Wagner lui soumet différents projets colossaux, qui emballent Ludwig, mais qui font grimacer l'entourage politique, qui voit s'aligner les factures de ces caprices artistiques. Le premier ministre notamment multiplie les obstacles pour empêcher la réalisation de ces projets faramineux, et le peuple commence à ironiser sur la relation qui unit le roi au compositeur... Le premier ministre rapportera même à Ludwig que le tableau autoportrait qu'il avait demandé à Wagner, et qu'il pensait recevoir en cadeau, l'artiste le lui avait en fait facturé. Le roi fuit un peu celui qui l'a trahi, mais lui pardonne rapidement quand il apprend son intention de repartir de Bavière.

Ludwig sera captivé par la représentation de Tristan und Isolde, là où la famille royale demeure perplexe. Ne préférant pas assister à la troisième représentation pour fuir un oncle présent, Ludwig en exige une quatrième, qu'il quittera avant la fin dans un très luxueux train où il finira... aux côtés du machiniste!

Wagner réclame de nouveaux de l'argent, mais aussi le départ du premier ministre. Ludwig consent à la première requête, mais pas à la seconde. Pour se venger, le premier ministre verse l'argent demandé en petite monnaie, obligeant le recours à un convoi de fonds important. A sa vue, le peuple bavarois devient excédé. Ludwig, après un dernier séjour avec le compositeur à Hohenschwangau, où sera redonnée une représentation de Lohengrin (avec pour acteur... Paul de Tour-et-Tassis!), se voit dans l'obligation de demander à Wagner son départ pour la fin de l'année 1865. L'étiquette lui aura brisé un rêve...

Une alliance est exigée pour faire face à la Prusse, mais Ludwig répugne à la guerre, et dans l'esprit de ses prédecesseurs, souhaite maintenir la paix et la neutralité de la Bavière. Il se doit cependant d'inspecter son armée, mais il le fait sans casque et avec un parapluie, ce qui fera grincer des dents. En 1866, il se voit également obligé de signer l'ordre de mobilisation générale. Chagriné, il s'isole sur une île où il fait planter 18 000 pieds de rosiers.

Il rejoint rapidement Wagner afin de lui faire partager son intention d'abdiquer, mais le compositeur, craignant de perdre ses fonds, l'en dissuade. A son retour, Ludwig reçoit un accueil glacial à Munich. Mais l'Autriche, puis le royaume de Bavière, sont écrasés par la Prusse. Par son attitude, Ludwig aura permis un moindre mal dans cette défaite, ce qui lui vaut la reconnaissance de son peuple, et lui permet de se défaire de son premier ministre et quelques autres qui l'avaient inciter à la guerre. Le prince de Hohenlohe est nommé premier ministre, avec pour requête le retour de Wagner.

Ludwig demande alors la main de Sophie, soeur de Sissi, au duc Max en Bavière. Mais la conception de cet "amour" est de suite théâtralisé, Ludwig le vivant comme un opéra, donnant à la jeune femme le nom de personnages wagnériens. La relation demeure platonique, malgré sa popularité.

Le 6 mai, Ludwig rencontre un homme de son âge, Richard Hornig, fils du responsable des haras royaux. Ce dernier supplante Paul de Tour-et-Tassis, et noue avec le roi une relation forte qui dépasse l'amitié. C'est avec lui que Ludwig voyagera en France pour l'exposition universelle, et qu'il visitera l'achitecture de Pierrefonds. Auprès du couple impérial français, le roi bavarois s'acquitte parfaitement de ses fonctions, et profite à son retour du décès de son oncle pour repousser le mariage avec Sophie.

Une rumeur attesterait du rapprochement de celle-ci avec un photographe pendant le voyage du roi: ce dernier en profite pour annuler le mariage en sauvant les apparences. Il rédige une lettre de rupture austère, provoquant l'irritation de Sissi, mais se sentant soulagé de ce poids.

Louis souhaite établir son idéal de pureté et de beauté dans les montagnes: il décide de relever les ruines du futur château de Neuschwanstein, dédié à la gloire de l'Antique Germanie et à l'oeuvre de Wagner. En parallèle, il fait réaliser sur les toits de la Residenz de Munich une gigantesque structure de métal et de verre destinée à abriter son premier refuge, sorte de vaste jardin d'hiver à la mode orientale. Une nacelle d'or y est tirée sur la pièce d'eau par un cygne (toujours la référence à Lohengrin).

Admiratif du Versailles de Louis XIV, Ludwig décide également d'édifier une copie de ce château; il s'agira de Linderhof et Herrenchiemsee (qui sera construit en 1878). Malheureusement, les évènements historiques et le système complexe des alliances amène le roi bavarois à signer en 1870 la mobilisation de son pays aux côtés de la Prusse contre la France, ce pays contre lequel il ne veut aucun mal. Napoléon capitulera, perdant l'Alsace. Ludwig refuse de céder à l'euphorie de la victoire de son peuple, et doit contre son gré signer l'unité germanique, qui met fin aux petits monarques du territoire.

Ludwig change également physiquement: une très mauvaise dentition qui lui procure maux de tête et insomnies, et une chute de cheval qui ne lui permet plus de faire du sport, lui font perdre ses traits juvéniles. Esseulé, le monarque trouve réconfort auprès de Richard Hornig, qu'il embrasse parfois furtivement, se repentant aussitôt du fait de sa foi très forte. On ne saura si cette attirance fut réellement concrétisée.

En 1869, Ludwig entame la rédaction d'un journal intime, qui sera plus tard confisqué et falsifié. On y découvre un roi en lutte contre des sentiments intérieurs, se faisant une si haute image de la majesté royale qu'il s'interdit tout baiser et même toute masturbation.

En 1874, malgré un accueil glacial des français, Ludwig revient à Paris, où on lui fait démonstration des grandes eaux à Versailles, le replongeant dans la magie de la Cour du XVIIIième siècle.

Il se rapproche dès 1875 de sa cousine Sissi, qui lui tenait jusqu'alors rigueur des fianciailles rompues avec sa soeur. Mais la même année, c'est le jeune frêre du roi, Othon, qui crée le scandale. Surveillé depuis deux ans pour son état psychique, il parvient à se libérer et fait irruption dans une église où il hurle différentes insanités. Ludwig accepte son internement, à la condtion qu'il reçoive les meilleurs soins.

Ludwig apparaît à un festival où son peuple le fête. Mais peu de temps après, le roi disparaît. Beaucoup pensent à un complot de famille ou politique, alors qu'en fait il s'était simplement rendu à la cathédrale de Reims en France, temple de la monarchie française. Les intrigues menées afin de destituer Ludwig de son trône l'inquiète, et il songe alors à créer sa propre police de sécurité.

En 1881, lors d'une représentation privée, le roi remarque un jeune bel acteur, Josef Kainz, qui tient le rôle de Didier dans Manon Delorme de Hugo. Il lui fait parvenir un saphir et un diamant. Mais très vite, Ludwig sera déçu par ce jeune homme, qui demeure bel et bien un être humain en deça de l'idéal pur qu'il conçoit. Néanmoins, il continuera à le couvrir de cadeaux.

En 1883, le roi apprend avec une vive douleur la mort de Wagner. Profondément affecté, il se retire davantage des cérémonies, et fuit les courtisans hypocrites, privilégiant les conversations avec les gens simples de son peuple. Ce dernier s'attache alors davantage à son souverain. Il mène également une véritable politique sociale afin de favoriser le bien-être de son peuple: soutien de la Croix-Rouge, distribution de repas chauds aux plus démunis, ouverture d'écoles...

Mais la construction extravagante de ses châteaux dépasse les moyens de la cassette royale, les comptes sombrent dans le rouge. Ludwig mène un véritable bras de fer avec ses ministres, irritant son propre entourage. Le roi refusant toute abdication, sa grande popularité ne laisse qu'une solution à ses ministres: montrer que Ludwig est mentalement incapable de régner.

On fait alors courir certaiens rumeurs sur le compte du roi: il entraînerait de jeunes éphèbes nus sur des danses orientales, marquerait au fer rouge des valets désobéissants, parlerait à des bustes en pierre etc. Le premier ministre fait venir le même docteur qui s'était occupé du jeune frêre du roi, Othon: le professeur Gudden. Il est chargé d'établir un rapport d'expertises psychiatriques, sans même rencontrer Ludwig, seulement à partir des témoignages qui lui sont donnés, afin que le roi soit déchu.

Bismarck n'est pas dupe: il sait que les ministres veulent seulement se maintenir au pouvoir, mais il garantit sa neutralité. Ludwig annonce son intention de révoquer le gouvernement, précipitant par là sa future chute. En effet, Lutz, le premier ministre, presse le professeur Gudden, qui déclare alors une paranoïa aïgue incurable du roi.

Le 12 juin, Ludwig est arrêté et conduit au château de Berg, devenu hôpital psychiatique duquel il est interdit de s'approcher, et où le roi est étroitement surveillé. Sissi tentera de l'aider à s'évader, mais tout se joue contre ses projets. Le 13, le roi reçoit l'autorisation de se promener dans le parc du château, et le professeur Gudden, doutant alors de son propre diagnostique fondé sur des témoignages faux, accepte de l'accompagner. Les deux hommes ne rentrent pas, des fouilles sont menées, et le cadavre du roi et du docteur sont découverts à 22h dans le lac de Starnberg. Jamais personne n'aura pu déterminer exactement s'il s'est agi d'un suicide, d'un accident suite à une lutte, ou d'un véritable meurtre commandité par le nouveau pouvoir... même si de nombreux éléments pencheraient pour la dernière hypthèse.

La vie de Ludwig présente plusieurs points communs avec l'oeuvre de Mylène: un idéal de pureté et de beauté, la fuite des artifices et de l'hypocrisie, une ambiguïté sexuelle et psychologique... Tout comme Frances Farmer, la folie prétendue n'est pas avérée, et elle est déclarée seulement pour l'avantage d'une machine (cinématographique pour la première, politique pour le second) qui broiera l'individualité de ces deux personnages. Tout comme Frances, Ludwig est une victime, dont l'innocence provient en quelque sorte d'une méconnaissance de certaines règles sociales et politiques (les plaisirs impolis).
Notons également l'adaptation cinématographique de la vie du roi, qui aura peut-être séduit Laurent Boutonnat et Mylène Farmer: Ludwig, le crépuscule des Dieux de Visconti

Bibliographie très importante, mais pour l'essentiel: Les carnets secrets du roi, en partie malheureusement falsifiés et Louis II de Bavière ou le roi foudroyé, de Jean des Cars. Pour les amateurs de manga esthétiques mais peu scrupuleux quant à la vérité historique, dévorez la trilogie Ludwig II de You Higuri

# Posté le jeudi 08 juin 2006 11:29

Modifié le mardi 17 juillet 2007 01:20

J'm'arrête pas là

J'm'arrête pas là
Quitte à devenir trop centré sur ma vie personnelle, je poste une nouvelle photo de moi et de deux personnes qui constituent mon "entourage". Je vous présente à ma droite Kermit (la brune) et à ma gauche Céline (la blonde), deux amies du lycée qui malgré le fait qu'on se voit irrégulièrement, demeurent dans mon coeur des amies proches.

Kermit s'appelle en réalité Caroline (heureusement pour elle sans doute), ce surnom improbable lui collant néanmoins parfaitement. Boute-en-train, elle a égayer une grande partie de nos soirées. Elle fait montre d'une énergie extraordinaire; il ne me semble pas connaître une autre personne aussi dynamique. Je me souviens que lorsque nous participions à des fêtes ou allions en discothèque, on m'a fait remarquer qu'à elle seule, elle pourrait fournir l'énergie d'une ville entière. Et effectivement, il ne fallait mieux pas s'approcher d'elle pour danser, au risque de se blesser. Comme toutes les personnes que j'estime être des ami(e)s, elle a un très bon fond, et je l'apprécie énormément.

Céline quand à elle est un peu l'antinomie de Kermit. Je ne parle pas de leur chevelure, bien que celle-ci soit effectivement diamétralement opposée. Je veux simplement notifier que Céline est réservée, là où Kermit est plus extravertie. Son calme et sa douceur pourraient à mon sens en faire craquer plus d'un. Vient s'ajouter à cela un avantage que je lui jalouse énormément: le temps n'a pas (ou peu) de prise sur son visage. Souvent courtisée par des adolescents en puberté, il est vrai qu'on pourrait facilement lui retrancher 7-8 ans par rapport à son âge effectif. Et croyez-moi, il ne s'agit nullement d'exagération, certains lui en enlevaient même 10...

Voilà, je voulais remercier ces deux personnes auxquelles je reste tout simplement fidèle, et pour lesquelles j'éprouve toujours un vif plaisir à les revoir. J'espère également trouver d'autres photos d'amis tels que Colombe et Sébastien, dont je parlerais sans doute plus tard.

# Posté le lundi 19 juin 2006 11:30

On est tous des imbéciles

On est tous des imbéciles
C'est sûrement pas être artiste
Que d' frapper sur un piano
C'est sûrement pas être poète
Que d' chagriner la p'tite fille
Assise au bord du Styx

J' suis vraiment si peu comique
Que les larmes me viennent à l'½il
Et toi connard ça t' fait rire
Ça t' fait rire et moi pleurer
C'est qu'on doit rien piger

On est tous des imbéciles
On est bien très bien débile
C' qui nous sauve c'est le style
Equivoque et aussi paradoxe
Ca suffit


On a du s' gourrer de planète
T'sais j' sais même plus où qu'on est
Les producteurs trouvent ça bien
Toi et moi on l' sait quand même
On n'est pas loin d' l' enfer

On est tous des imbéciles
On est bien très bien débile
C' qui nous sauve c'est le style
Equivoque et aussi paradoxe
Ca suffit

# Posté le vendredi 23 juin 2006 16:31

Modifié le lundi 26 juin 2006 14:20

Les producteurs trouvent ça bien

Les producteurs trouvent ça bien
Fort du succès d'estime de leur premier titre, Maman a tort, le trio Farmer-Boutonnat-Dahan entend poursuivre sa carrière. Mylène, alors plus prolixe sur son actualité à venir, participe à plusieurs galas, et laisse entendre dans différentes interviews que son prochain single s'intitulera Bip Be Bou Rock'N'Roll, l'amour au téléphone. Mais le projet est abandonné, et ce titre enregistré demeurera une énigme pour les milliers de fans de la chanteuse. Il en est de même pour un autre titre sur lequel le trio demeure plus discret: I do love you. S'agissait-il déjà des prémices de La ronde triste, ou rien ne lierait ces deux titres? Une nouvelle fois, mystère...

Ce qui est sûr, c'est que le titre finalement choisi sera bien On est tous des imbéciles. Entièrement écrit et composé par Jérôme Dahan, ce titre aura pour paticularité d'être à ce jour l'unique morceau original de la chanteuse créé par un tiers, même si de l'aveu de l'auteur, il aurait été écrit avant sa rencontre avec la jeune femme.

Sorti en février 1985, il bénéficie d'une très bonne diffusion radiophonique. Il faut dire que la rythmique est efficace, malgré une instrumentation électronique très... années 80, et quelques bruits étranges, dont un premier rire mutin de Mylène. Notons également qu'aucun clip vidéo ne viendra illustrer cette chanson (malgré la rédaction d'un script*), mais les nombreux passages télé de Mylène pallieront en quelque sorte à ce manque.

Un autre titre, composé et écrit quant à lui par Laurent Boutonnat seul, investira la face B du 45T. Son titre, mystique: L'annonciation.

Ces deux titres sauront séduire une critique pour le coup élogieuse. Mais malheureusement il n'en sera pas de même pour le grand public. La maison de disques, RCA, en profitera pour remercier le trio, qui se trouve alors dépourvu de producteur. Le trio n'en est d'ailleurs plus un: le "bide" obligera Jérôme Dahan à prendre un autre chemin. Demeure le tandem Farmer-Boutonnat, qui lui n'aura pas dit son dernier mot, et rencontrera la gloire inespérée que l'on connaît...

*Interview de Mylène Farmer, Numéro 1 de mai 1985
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# Posté le samedi 01 juillet 2006 08:53

Modifié le samedi 15 juillet 2006 13:52

C'est sûrement pas être artiste

C'est sûrement pas être artiste
Jérôme Dahan confiait dans une interview n'avoir pas du tout pris en compte la personnalité de Mylène pour rédiger On est tous des imbéciles*. Aussi, contrairement à la très grande majorité des chansons Farmer, les "je" et "tu" ne sont pas transposables à chaque individu. En effet, si le thème de ce titre n'est pas universel, c'est parce qu'il traite plus particulièrement du milieu du show-business, qu'il décrit de manière incisive...

Sans jamais donner une définition explicite de l'art véritable, l'auteur procède par négations successives en attaquant le compositeur, le parolier, et l'interprète. Tout d'abord, "c'est sûrement pas être artiste que d'frapper sur un piano": déjà est mis en avant ici une critique de la pure orginalité stylistique. Un musicien qui se croirait artiste parce qu'il a une façon atypique de pianoter sur son clavier par de grands mouvements de bras, misant ainsi tout sur le style, se trompe. De même, "c'est sûrement pas être poête que d'chagriner la p'tite fille assise au bord du Styx" s'adresse ici au parolier, qui penserait qu'un texte mélancolique s'adressant déjà à des auditeurs en souffrance est le summum artistique. Notons cependant ici la drôlissime conversion du poête en pouet (!), et la première utilisation du "Styx", ce fleuve mythologique séparant le territoire des vivants de celui des morts, que Mylène avouera prendre plaisir à citer dans ses chansons pour sa sonorité**.

La transition est ainsi faite avec l'interprète, qui émane à son tour de la tristesse ("j'suis vraiment si peu comique, que les larmes me viennent à l'oeil"). Ces vers montreraient paradoxalement une sincérité de la chanteuse, qui ne surjoue pas puisque telle est sa nature. Etonnant de penser alors que Dahan ait véritablement écrit ce texte sans prendre en compte la personnalité de Mylène... Et la première dissenssion dans l'alliance "artistique" apparaît, puisque les pleurs de l'un amusent l'autre. On ne connaîtra pas l'identité du "connard": le producteur, le compositeur, le parolier, ou tout simplement l'auditeur qui s'amuse des vedettes paillettes larmoyantes? En tout cas, par la suite, Mylène évitera de réemployer ce genre de registre vulgaire.

Arrive alors le refrain, qui parodie en condamnant la superficialité du milieu variétés des années 1980, où tout est misé sur le clinquant, le superflu, l'exagéré, au détriment de l'authenticité artistique. Et effectivement, être "équivoque et paradoxe ça suffit". Plus un chanteur sera imbécile, "débile", plus on lui dira qu'il "est bien, très bien", ce qui peut surprendre certes, mais cela indique le nivellement intellectuel par le bas du milieu du show-biz (une petite pensée fort sympathique sans doute pour la reine de l'époque, Jeanne Mas). La musique contemporaine qui marche auprès du public est décidément loin, bien loin des troubadours et des compositeurs classiques... Mais l'emploi du "on" permet à Mylène de s'identifier malgré elle à ce milieu, avec beaucoup d'auto-dérision, mais néanmoins une implacable lucidité.

Mais c'est à la suite de ce premier refrain que les distances vis-à-vis de ce milieu abêtissant sont prises. "On a du s'gourrer d'planète" montre effectivement que le trio artistique ne se reconnaît pas dans l'édifice pour lequel leur premier succès leur a ouvert les portes ("j'sais même plus où qu'on est"). Las! Ils ne pourront le quitter facilement, car "les producteurs trouvent ça bien", devenant par la même occasion les Cerbères de ce lieu. Cette première satyre sur la maison de production, on sait que Mylène aurait pu la réexploiter plusieurs fois par la suite concernant certains choix de singles... Mais les artistes ne sont pas les dupes de leurs producteurs, ils savent "quand même" ce qu'il en est de leur situation, et qu'emprisonné dans ce carcan médiocre, il ne demeure "pas loin de l'enfer".

Le texte de On est tous des imbéciles fait donc suite à la découverte du milieu du show-business par le trio suite au succès de Maman a tort. Les paillettes masquent un néant artistique dangereux (l'enfer se référerait-il par exemple notamment aux drogues?). On peut également se poser la question de la légitimité de ce thème provoquant pour un second single. A peine installé, est-il bon de "cracher dans la soupe"? Oui, certainement, si l'authenticité est primordiale aux yeux de l'artiste.

Les analyses existantes du titre affirment que Mylène y critique ce à quoi elle se soumettra par la suite. Rien n'est moins sûr: si effectivement elle serait si peu comique que la larme lui viendrait facilement, comme nous l'avons vu, c'est qu'il y a une corrélation avec sa nature profonde. Mais cela est exploité par les producteurs, qui tiennent là l'originalité de leur artiste. Ne ressentant pas d'appartenance à ce milieu qui l'horripile, nous savons que Mylène le fuira, et la préservation de sa vie privée (non-mondaine) y trouve davantage sa justification que dans une pseudo-stratégie marketing du mystère...

Probablement sans clin d'oeil de la part de Jérôme Dahan (mais rien n'est moins sûr), il est à noter un titre sorti en 1982, interprété par l'oublié Charden: On est tous des idoles. Et que trouve-t-on dans cette chanson? Une critique du milieu du show-business, et ces deux vers quelques peu troublants: "On meurt, on vit, on est tous des imbéciles/ Des cons primés, des incompris." Etonnant, non?

*Platine N°11
**Interview de Paul Amar, Paris Première, 1996
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# Posté le samedi 01 juillet 2006 16:24

Modifié le jeudi 12 juillet 2007 00:55