Un - maman a tort

Un - maman a tort
Un maman a tort
Deux c'est beau l'amour
Trois l'infirmière pleure
Quatre je l'aime
Cinq il est d'mon droit
Six de tout toucher
Sept j'm'arrête pas là
Huit j'm'amuse

Un quoiqu'maman dise
Deux elle m'oubliera
Trois les yeux mouillés
Quatre j'ai mal
Cinq je dis c'que j'veux
Six j'suis malheureuse
Sept j'pense pas souvent
Huit et vous ?

J'aime ce qu'on m'interdit
Les plaisirs impolis
J'aime quand elle me sourit
J'aime l'infirmière maman


Un j'suis très sereine
Deux et j'ai bien fait
Trois d'vous en parler
Quatre j'm'amuse
Cinq quoiqu'maman dise
Six elle était belle
Sept cette infirmière
Huit je l'aime

Un l'infirmière chante
Deux ça m'fait des choses
Trois comme l'alouette
Quatre j'ai peur
Cinq c'est dur la vie
Six pour un sourire
Sept j'en pleure la nuit
Huit et vous ?

J'aime ce qu'on m'interdit
Les plaisirs impolis
J'aime quand elle me sourit
J'aime l'infirmière maman


Un maman a tort
Deux c'est beau l'amour
Trois l'infirmière pleure
Quatre je l'aime
Cinq maman a tort
Six c'est beau l'amour
Sept à l'hôpital
Huit j'ai mal...

# Posté le vendredi 21 avril 2006 16:39

Deux - C'est beau l'amour

C'est grâce à leur ami commun, Jérôme Dahan, que la jeune Mylène Gautier rencontrera le non moins jeune Laurent Boutonnat dès 1983.

Plusieurs versions existent concernant le choix de Mylène comme interprète du titre créé par les deux amis, Maman a tort:
1. la présentation simple des amis entre eux,
2. le recours à un casting de dix jeunes filles,
3. un mix des deux précédentes, à savoir une première rencontre déterminante sur présentation de ces connaissances, et confirmation par un casting.

Lors de ce casting, selon les dires de Jérôme Dahan, Mylène n'aurait pas chercher à s'imposer du fait de sa première rencontre avec les compositeur-parolier*... Et selon Laurent, c'est "l'air psychotique" de la jeune femme qui aurait été son atout majeur, bien avant de l'entendre chanter**.

Et pourtant, plusieurs rumeurs courrent sur les premiers choix de l'interprète. Lio aurait été "sur les rangs", Liane Foly a également annoncé qu'on lui avait proposé ce titre (avancant par la même occasion que si elle aurait accepté, elle serait aujourd'hui Mylène Farmer, ce qui en dit long sur son incompréhension de l'artiste...)***, et une première adolescente de quinze ans aurait également enregistré une version, mais son jeune âge posait tellement de problèmes juridiques que Boutonnat et Dahan décidèrent de ne pas donner suite (on peut supposer que l'interprétation saphique de ce titre fut également une raison suffisante pour ne plus le céder à une mineure)...

L'enregistrement se fait au petit studio de Jean-Claude Déquéant****, puis le nouveau trio se met activement à la recherche d'une maison de disques pour être distribué. Après de très nombreuses démarches infructueuses qui s'étaleront sur une année entière ("Personne ne voulait de Mylène"*), c'est RCA qui signera un contrat de deux singles à la jeune artiste, malgré un certain manque de foi en son potentiel. En hommage à Frances, Mylène deviendra alors Farmer...

Maman a tort sortira en mars 1984, mais ne rencontre pas la gloire espérée. Les auteur-compositeur-interprète rencontreront alors Bertrand Le Page, manager de Jacquie Quartz, qui elle connaît à l'époque un certain succès... Ce talenteux agent permettra à Maman a tort de reprendre vie durant l'été, si bien qu'il s'en écoulera 100 000 exemplaires. Un succès d'estime de bon augure pour la suite que l'on connaît...

*Interview de Jérôme Dahan, Platine N°11
**Journal de 13h de Noël Mamère, 1ier septembre 1986
***Tout le monde en parle, présenté par Thierry Ardisson
**** Mylène Farmer et vous, N°1
Deux - C'est beau l'amour

# Posté le dimanche 23 avril 2006 17:45

Modifié le jeudi 12 juillet 2007 00:14

Trois - L'infirmière pleure

Trois - L'infirmière pleure
Interpréter une oeuvre, quelle qu'elle soit, n'est pas une prétention à en saisir le sens le plus profond... L'art se passe d'ailleurs merveilleusement bien de la notion de vérité. Mylène Farmer l'aura bien compris: comme Oscar Wilde, son oeuvre aborde les thèmes de l'éthique (qu'elle soit collective: valeurs, religion, tabous... ou qu'elle soit personnelle: réalisation de soi, émotion, relation à l'autre...), et de l'esthétique, mais jamais de l'autre sphère de l'expérience humaine, à savoir la logique.

Une analyse de Maman a tort ne serait par conséquent qu'une nuance de vécu: le passé, la sensibilité de chacun sont autant de prismes qui filtreront différemment la lumière de l'oeuvre... Les analyses personnelles qui pourraient suivre sur ce blog n'ont par conséquent une nouvelle fois aucune prétention à ne pouvoir être contredites.


Ce titre prend les apparences d'une comptine enfantine, pour émettre un message quand à lui polisson mais beaucoup moins enjoué...

Remarquons déjà que le premier mot de toute la carrière de la chanteuse, débute par "un". Un joli départ donc, qui se poursuit par un comptage jusqu'à huit (sans jamais dépasser ce chiffre). Egalement le premier nom évoqué est celui de "maman", là où les enfants commencent généralement par le plus facile "papa"...

Maman a tort comporte différents couplets et un refrain, puis se termine par un couplet-refrain. Peu de personnes ont remarqué la structure très intéressante de ce texte: couplet enjoué-couplet triste-refrain, couplet enjoué-couplet triste-refrain, puis couplet-refrain dont la première moitié est enjouée, et la seconde triste. Le squelette cyclothymique de cette chanson reflète déjà le changement brutal des états de l'enfant, mais aussi celui de la vie en général: rires, larmes... le bonheur ne se goûte que parce qu'il n'est jamais très éloigné du désespoir ("et si c'était la douleur qui faisait chanter les oiseaux")...

La première vérité émise par la bouche de l'enfant (selon le proverbe bien connu) est cinglante: MAMAN A TORT! Une vérité qui se pose justement sur une fausseté, sur une erreur: nous tenons dès ce premier vers le premier des paradoxes poétiques qui jalonneront la carrière de l'artiste.

L'enfant roi s'accorde tous les droits: outre celui de contester l'autorité de la mère mais aussi de la bienséance, il explore le monde physico-tactile (de tout toucher): instruments de soin? son propre corps au plus intime? le corps même de l'infirmière ? (n'oublions pas que ce sont deux hommes qui ont écrit ce titre, et que l'infirmière est un phantasme répandu...). Toujours est-il que cette exploration approfondit la soif de découverte de l'enfant (j'm'arrête pas là), et lui procure une certaine jouissance (j'm'amuse).

Mais aussitôt le second couplet nous replonge dans le monde de la douleur et de la tristesse. L'enfant espère être oublié de sa mère (quand même!), rencontre les pleurs (les yeux mouillés) et on ne sait trop si le "j'ai mal" est celui de l'abscès qui ronge son corps et nécessite son hospitalisation, ou s'il s'agit d'un mal de l'âme, du coeur... Si l'enfant estime "je dis c'que j'veux", il n'en demeure pas moins "malheureux", car ses paroles n'impacteront pas comme il le souhaiterait sur la réalité. L'enfant de bas âge qui dirait "pomme" souhaite par la magie du mot goûter à la pomme qu'il voit, mais c'est sans compter sur la réalité physique, et dans cette chanson, sur la mère omniprésente qui bloquera toute tentative de réalisation. Le voeu pieu est donc à l'origine du désespoir de la jeune fille... Notons également l'adresse à l'auditeur, par le "et vous?"

Le refrain floute davantage le ressenti de l'enfant. On reste effectivement perplexe face à l'amour qu'elle éprouve pour la soignante: s'agit-il du seul plaisir de transgression
(j'aime ce qu'on m'interdit, les plaisirs impolis), ou d'un amour véritable pour celle qui la sauve des souffrances (j'aime quand elle me sourit). Très certainement, les deux s'additionnent...

C'est pourquoi dans le second couplet "enjoué", la petite s'extasie sur la beauté de l'infirmière (elle était belle cette infirmière, je l'aime), faisant une nouvelle fois fi de l'autorité (quoiqu'maman dise). Comble de la rébellion, alors qu'elle est placée en maison de repos (hôpital psychiatrique, selon les termes de son parolier, Boutonnat*), elle affirme "être sereine". De nouveau elle prend à parti l'auditeur devenu confident malgré lui (et j'ai bien fait de vous en parler), sans doute encore une fois parce que les enfants gardent difficilement leurs secrets, et surtout parce qu'ils ne censurent pas encore leurs paroles et récits...

Le second couplet nous montre la soignante distrayant la petite patiente (l'infirmière chante), éveillant chez cette dernière un plaisir trouble (ça m'fait des choses, comme l'alouette). Ce désir ou sentiment inconnu qui immerge au plus profond de son être crée alors un état d'anxiété naturel (j'ai peur). La seconde partie de cette strophe pourrait être l'explication de cette crainte: comme tout plaisir, celui ressenti face à l'infirmière qui chante est éphémère. Beaucoup de temps d'attente et de douleur constituent le préambule à la jouissance furtive (c'est dur la vie pour un sourire), ce qui serait confirmé par le désespoir de la petite fille lorsqu'elle se retrouve totalement seule (j'en pleure la nuit). Nouvelle adresse à l'auditeur, afin de déterminer si cette peur est inhérente à la nature humaine...

Enfin, le couplet-refrain reprend les thèmes et certains vers de ce qui le précède. La jeune enfant aime l'infirmière en larmes (prélude à un Je t'aime mélancolie?). Une dernière fois, ce texte lie la beauté de l'amour à la fragilité de nos vies (à l'hôpital, j'ai mal).

Ce titre fait très certainement référence au destin tragique de Frances; ce n'est pas sans raison qu'il est la première chanson de Farmer. La mère de l'actrice s'est effectivement opposée par égoïsme au bonheur de sa fille, et la fit interner dans des hôpitaux où elle fut maltraitée. Le contexte hospitalier, la mère autoritaire qui fait obstacle à l'épanouissement de l'enfant, l'absence du père dans le texte (père impuissant et faible de Frances), sont autant d'allusions à cette vie déchue.

La force de Maman a tort est également d'éveiller en quelque sorte la nature de ses auditeurs. Là où la comptine pourrait se contenter de narrer simplement une expérience de transfert (notion freudienne qui donne un nom à un mouvement de l'objet de l'amour du patient vers son "guérisseur", ce qui expliquerait en soi l'amour pour l'infirmière, et se suffirait à soi-même), beaucoup de personnes n'en retiennent qu'une interprétation saphique: une jeune fille qui aime une jeune femme... Les censeurs de l'époque qui ont condamné ce titre se dénoncaient ainsi d'eux-même, car un esprit "innocent" aurait très bien pu passer à côté de cette version! Personnellement je trouve que déjà Boutonnat frappa fort avec ce texte subtilement pervers... Mylène de son côté ne fera jamais allusion à cette interprétation homosexuelle du titre: bien au contraire, elle expliquera à Michel Drucker en 1984 qu'il arrive qu'un enfant pendant un long séjour à l'hôpital considère ses soignants comme des parents de substitution.**

*Journal de 13h de Noël Mamère, 1ier septembre 1986
**Champs Elysée, Spécial Bécaud, 22 septembre 1984

# Posté le lundi 24 avril 2006 16:12

Modifié le lundi 16 juillet 2007 08:53

Toi et moi (...) nous tisserons un autre

Quatre - Je l'aime
L'homme de l'ombre...

Laurent Boutonnat naît la même année que Mylène Gautier, le 14 juin, à Paris. Sa famille est aisée et assez connue: son grand-père, Charles, était administrateur de la France d'Outre-Mer, et son père, Pierre-Louis, est un entrepreneur important: il a ainsi dirigé une dizaine d'entreprises, la croix-Rouge, et la WWF en 2004, et reçut la Légion d'Honneur ainsi que l'Ordre National du Mérite.

Laurent grandit avec son frêre et ses trois soeurs, et réalise parfois avec leur aide de petits courts-métrages grâce à la caméra Super 8 de la famille. Ainsi, à 10 ans, il souhaite transposer Bambi en "version" humaine, et déjà garde la main sur tous les aspects techniques de cette production.

Afin de parfaire son éducation, ses parents lui donnent le goût du piano et l'inscrivent à l'école des Jésuites, école de laquelle il sera plusieurs fois renvoyé, mais qui l'aura considérablement marqué eu considération de ses futures productions... Dès quinze ans, il quitte alors ses études pour se consacrer à sa passion: le cinéma, pour lequel il possède déjà de nombreux sujets en tête.

C'est ainsi qu'il réalise son premier véritable court-métrage, La ballade de la féconductrice, dès seize ans. Du fait de son extrême dureté (voire article suivant), ce film sera interdit aux moins de 18 ans!

Il est ensuite engagé comme caméraman par le grand reporter Jean-François Chauvel, qui l'amènera à travers tout l'hexagone... Laurent effectue ensuite des recherches sur l'infanticide afin de rédiger un ouvrage consacré à ce thème pour le Mercure de France, et réalise différentes publicités afin de gagner sa vie. On lui propose même de réaliser un film d'horreur, qui ne verra jamais le jour.

En un soir, il écrit les paroles d'une fausse comptine, qui sera mise en musique le lendemain par un ami, Jérôme Dahan. Et cette petite création insouciante sera le point de départ d'une des plus grandes légendes de la chanson française...

# Posté le lundi 01 mai 2006 15:47

Modifié le jeudi 12 juillet 2007 00:14

J'aime quand elle me sourit

J'aime quand elle me sourit
Maman a tort bénéficie de deux pochettes différentes.

La première (N&B) a été établie après la signature du contrat chez RCA, qui oublia cependant rapidement de faire la promotion de ce titre... Au dos, sur la pochette noire où sont dessinées quelques gouttes de sang, une dédicace est inscrite pour Frances Farmer (dédicace somme toute logique), mais aussi Louis II de Bavière (plus connu sous le qualificatif de roi fou de Bavière), colorant davantage ce titre d'une dimension psychiatrique...

Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat font alors appel à Bertrand Lepage, qui se verra céder des droits sur Maman a tort. La seconde pochette (couleurs) est alors conçue pour re-dynamiser ce titre, qui au final s'écoulera à 100 000 exemplaires. Succès d'estime, mais non phénoménal... (il permettra quand même à Mylène l'acquisition de son cher singe Capucin E.T. sur un marché).

La face B des deux 45T est le même: un simple instrumental, d'une durée de 3'40. Le Maxi 45T quant à lui bénéficie d'une version chantée de 6'10 (une première version longue en quelque sorte), que l'on retrouvera sur CD pour la compilation Les mots.

Le 45T couleurs est côté à 50 euros, et le 45T N&B à un peu plus (65-75). Le maxi 45T (pochette N&B), côtoie quant à lui les 200 euros, voire plus (quand même!). A noter également l'existence d'un Maxi 45T dans lequel serait intégré une biographie de Mylène (côte inconnue), ainsi qu'un 45T canadien qui a pour particularité d'être sans pochette (ce qui ne l'empêche pas d'avoir une valeure supérieure à 150 euros), et sur lequel est crédité Laurent... Boutannat!!! Les versions promotionnelles du titre ne diffèrent que par un sticker portant la mention "échantillon gratuit, ne peut être vendu" (ce qui peut prêter à sourire lorsque l'on connaît les côtes des promos).*

*Côtes moyennes établies sur le "Référentiel Mylène Farmer", le site www.mylenefarmeriscalled.net, et www.illogical-music.fr, mais nous savons que les côtes sont très variables d'une boutique à une autre...

# Posté le mardi 16 mai 2006 16:23

Modifié le samedi 01 juillet 2006 08:56