Plus loin, plus haut, j'atteinds mon astre

Plus loin, plus haut, j'atteinds mon astre
Une de mes principales activités au jour d'aujourd'hui est la musculation. Cela fait seulement 6 mois que je pratique régulièrement ce sport (à raison de 3-4 séances par semaine), je ne demeure en conséquence pour l'instant qu'un simple débutant.

Paroxysme de la superficialité pour certains, la musculation est souvent victime de préjugés (tout comme être fan de Mylène Farmer...). Il n'en est rien. Le vrai bodybuilder doit avoir une force d'esprit indéniable, et mène une vie parfois ascétique, eu regard les nombreuses contraintes nécessaires pour parvenir à ses objectifs. La patience, la concentration, et le culte de l'effort font partie de son quotidien. Tout le monde ne serait pas prêt certainement à s'imposer une telle discipline.

De mon côté, mon esprit et mon corps ne sont pas encore prêts à se voir imposer une telle rigueur, même si j'y aspire. Mon objectif: prendre de la masse, afin d'être enfin satisfait de mon corps...

Pour beaucoup il faudrait certainement ici se justifier, et se défendre d'un narcissisme exacerbé. Et pourtant, je ne peux nier celui-ci. Las d'un corps qui me répugnait car bon à peu de choses, je n'avais aucune volonté de lui faire exécuter ce qu'il pouvait exécuter.

Chaque classe scolaire possède son comique du sport, celui qui est le plus mauvais. Toute mon enfance et mon adolescence, je remplissais merveilleusement ce rôle. La compétition vis-à-vis des autres m'insupportait grandement, et je me rendais plus volontiers à l'infirmerie qu'à la salle... Puis, l'école passée, l'université offre davantage de temps à remplir, si possible, intelligemment. Alors je me suis mis à courir, et encore à courir, découvrant pour la première fois le plaisir voluptueux de l'effort "vain". La compétition ôtée, je me suis donc mis au sport pour moi seul. C'est ainsi que je pris des cours à 20 ans seulement pour apprendre la natation, et y découvris une nouvelle sensation de bien-être: une libération de l'esprit par l'effort du corps...

Mais mon corps tel que me le renvoyait tout miroir me dégoûtait toujours un peu, malgré ce qu'il me montrait de son potentiel. Alors oui, je décidai de le "sculpter". En quoi cela serait-il condamnable? A moins d'être né esclave, notre corps est la seule propriété physique que nous possédons totalement, il est le seul bien que l'on ne peut nous ravir... Conscient de ce principe, je souhaite l'adapter à un certain idéal.

Mais tout comme la course à pied et la natation, la musculation engendre d'autres plaisirs... Si former ce corps demeure la priorité, voire son évolution à travers l'exécution des exercices, et la charge alourdie, est une grande source de motivation. Et j'ai remarqué que si certes certains font de la musculation pour épater la galerie, la majorité des pratiquants se compose de personnes sympathiques (plus prêtes à donner ses conseils qu'à forcer le trait de la compétition), sereines, avec encore une fois une certaine force d'esprit.

Peut-être la musculation me lassera-t-elle un jour, je ne le souhaite en tout cas nullement, et le redoute plus qu'autre chose. Je ne sais si j'aurais pu par cet article modifier l'opinion de certains, mais vos commentaires pour une discussion évoluée seraient les bienvenus.

# Posté le dimanche 02 avril 2006 17:18

Modifié le jeudi 12 juillet 2007 00:14

Ses couleurs se sont diluées

Ses couleurs se sont diluées
Nouvelle relecture d'un roman de chevet... Le portrait de Dorian Gray garde à chaque assaut le charme indéfinissable d'une intrigue bouleversante liée à une écriture et un état d'esprit qui ne prétendent qu'au raffinement.

Pour ceux qui ne connaîtraient que de nom ce chef d'oeuvre de Wilde (mais cela est-il possible?), le "héros" éponyme est un jeune homme de l'aristocratie anglaise du XIXième, dont le physique attire à lui tous les contemplateurs de la Beauté pure. Si on omet une préface à elle seule très intéressante, le roman débute dans la salle du peintre Basil Hallward, amoureux discret de l'éphèbe, en compagnie de Lord Henry Wotton, un cynique aux moeurs qu'on suppose dissolues, mais dont les paroles séduisent le lecteur même. Sous la demande incessante de ce dernier, le peintre explique être au sommet de son art depuis qu'il fréquente le jeune Dorian Gray, dont le portrait qu'il finit sera à coup sûr sa plus belle oeuvre... Mais alors que l'artiste aurait aimé conserver l'innocence du jeune homme, inoccence qui asseoit sa Beauté suprême, Lord Henry ne résiste pas à l'envie de converser avec ce dernier. Par des paroles troublantes, il lui fait prendre conscience de son superbe privilège. Dorian Gray, de troublé par ce dont il prend conscience, devient dépité par l'intuition du caractère éphémère de cette Beauté dont il n'est pour l'instant qu'une incarnation. Devant le portrait achevé de Basil, le jeune homme hurle sa colère et émet le voeu fatidique de rester toujours tel que ce portrait, alors que la peinture sur toile assumerait à sa place la déchéance du temps...

Seul élément fantastique de ce merveilleux ouvrage, la réalisation de ce voeu perdra Dorian. Son visage angélique voilera définitivement la perdition de son âme, qui l'amènera à corrompre également son entourage, et devenir un criminel. A travers le portrait, il prendra en véritable haine son âme, jusqu'au dénouement tragique.

Les considérations philosophiques et esthétiques de cet ouvrage sont tout bonnement passionnantes. Wilde a mis énormément de lui dans son oeuvre, il est davantage le dandy Lord Henry que Dorian Gray, dont les moeurs homosexuelles ne sont jamais explicites dans cet extraordinaire roman. Chaque page porte son ou ses enseignement(s). Le portrait de Dorian Gray sonde l'âme même du lecteur, le surprend à primer l'esthétique sur l'éthique. Et cette oeuvre trouve toute sa puissance et sa vérité, à mon sens, dans cette préface:" En réalité, c'est le spectateur, et non la vie, que l'art reflète".

L'illustration de cet article par une orchidée n'est pas anodine. Cette fleur est maintes fois évoquée dans ce livre; elle porte en elle toute la fascination de la Beauté liée au maléfice....

Ce blog reviendra peut-être sur ce sublime écrit. J'aimerais rajouter qu'il ma donné un nouvel éclairage sur le titre de Mylène, Je te rends ton amour. En effet, aux fans de la Belle, je vous conseille vivement ce livre et de réécouter ensuite cette chanson, peut-être que comme moi, en plus des références à Egon Schiele, vous comprendrez différement les "M'extraire du cadre, ma vie suspendue, je rêvais mieux", "Toile fibre qui suinte des meurtissures" (celles de l'âme), "Tu voyais l'âme" (l'artiste qui saisit celle de son modèle), "Je te rends ton amour, redeviens les contours "(Dorian qui souhaite hypocritement retrouver son innocence et exécute une bonne action dans l'espoir de retrouver le portrait dans son état originel), "J'ai cru la fable d'un mortel aimé, tu m'as trompé, toi tu m'as laissé me compromettre" (reproche au peintre Basil d'être à l'origine de sa déchéance), "Je serai l'Unique pour des milliers d'yeux, un nu de maître" (Dorian devient la coqueluche de la haute société grâce à sa jeunesse éternelle), "C'est plus flagrant le jour" (Dorian cache ce portrait qui contient le secret de sa vie dans une pièce ténébreuse, craignant de l'exposer à la lumière du jour, également après son crime, une considération de l'auteur indique que celui-ci serait plus monstrueux à voir le jour), "ses couleurs se sont diluées" (la modification de la peinture liée au noircissement de l'âme de Dorian)...

# Posté le mardi 04 avril 2006 15:12

Modifié le jeudi 12 juillet 2007 00:14

Toi et moi (...) nous tisserons un autre

Toi et moi (...) nous tisserons un autre
L'homme de l'ombre...

Laurent Boutonnat naît la même année que Mylène Gautier, le 14 juin, à Paris. Sa famille est aisée et assez connue: son grand-père, Charles, était administrateur de la France d'Outre-Mer, et son père, Pierre-Louis, est un entrepreneur important: il a ainsi dirigé une dizaine d'entreprises, la croix-Rouge, et la WWF en 2004, et reçut la Légion d'Honneur ainsi que l'Ordre National du Mérite.

Laurent grandit avec son frêre et ses trois soeurs, et réalise parfois avec leur aide de petits courts-métrages grâce à la caméra Super 8 de la famille. Ainsi, à 10 ans, il souhaite transposer Bambi en "version" humaine, et déjà garde la main sur tous les aspects techniques de cette production.

Afin de parfaire son éducation, ses parents lui donnent le goût du piano et l'inscrivent à l'école des Jésuites, école de laquelle il sera plusieurs fois renvoyé, mais qui l'aura considérablement marqué eu considération de ses futures productions... Dès quinze ans, il quitte alors ses études pour se consacrer à sa passion: le cinéma, pour lequel il possède déjà de nombreux sujets en tête.

C'est ainsi qu'il réalise son premier véritable court-métrage, La ballade de la féconductrice, dès seize ans. Du fait de son extrême dureté (voire article suivant), ce film sera interdit aux moins de 18 ans!

Il est ensuite engagé comme caméraman par le grand reporter Jean-François Chauvel, qui l'amènera à travers tout l'hexagone... Laurent effectue ensuite des recherches sur l'infanticide afin de rédiger un ouvrage consacré à ce thème pour le Mercure de France, et réalise différentes publicités afin de gagner sa vie. On lui propose même de réaliser un film d'horreur, qui ne verra jamais le jour.

En un soir, il écrit les paroles d'une fausse comptine, qui sera mise en musique le lendemain par un ami, Jérôme Dahan. Et cette petite création insouciante sera le point de départ d'une des plus grandes légendes de la chanson française...

# Posté le dimanche 09 avril 2006 16:24

Modifié le jeudi 12 juillet 2007 00:14

Deux - C'est beau l'amour

Sans vie, j'm'enfuis
C'est grâce à leur ami commun, Jérôme Dahan, que la jeune Mylène Gautier rencontrera le non moins jeune Laurent Boutonnat dès 1983.

Plusieurs versions existent concernant le choix de Mylène comme interprète du titre créé par les deux amis, Maman a tort:
1. la présentation simple des amis entre eux,
2. le recours à un casting de dix jeunes filles,
3. un mix des deux précédentes, à savoir une première rencontre déterminante sur présentation de ces connaissances, et confirmation par un casting.

Lors de ce casting, selon les dires de Jérôme Dahan, Mylène n'aurait pas chercher à s'imposer du fait de sa première rencontre avec les compositeur-parolier*... Et selon Laurent, c'est "l'air psychotique" de la jeune femme qui aurait été son atout majeur, bien avant de l'entendre chanter**.

Et pourtant, plusieurs rumeurs courrent sur les premiers choix de l'interprète. Lio aurait été "sur les rangs", Liane Foly a également annoncé qu'on lui avait proposé ce titre (avancant par la même occasion que si elle aurait accepté, elle serait aujourd'hui Mylène Farmer, ce qui en dit long sur son incompréhension de l'artiste...)***, et une première adolescente de quinze ans aurait également enregistré une version, mais son jeune âge posait tellement de problèmes juridiques que Boutonnat et Dahan décidèrent de ne pas donner suite (on peut supposer que l'interprétation saphique de ce titre fut également une raison suffisante pour ne plus le céder à une mineure)...

L'enregistrement se fait au petit studio de Jean-Claude Déquéant****, puis le nouveau trio se met activement à la recherche d'une maison de disques pour être distribué. Après de très nombreuses démarches infructueuses qui s'étaleront sur une année entière ("Personne ne voulait de Mylène"*), c'est RCA qui signera un contrat de deux singles à la jeune artiste, malgré un certain manque de foi en son potentiel. En hommage à Frances, Mylène deviendra alors Farmer...

Maman a tort sortira en mars 1984, mais ne rencontre pas la gloire espérée. Les auteur-compositeur-interprète rencontreront alors Bertrand Le Page, manager de Jacquie Quartz, qui elle connaît à l'époque un certain succès... Ce talenteux agent permettra à Maman a tort de reprendre vie durant l'été, si bien qu'il s'en écoulera 100 000 exemplaires. Un succès d'estime de bon augure pour la suite que l'on connaît...

*Interview de Jérôme Dahan, Platine N°11
**Journal de 13h de Noël Mamère, 1ier septembre 1986
***Tout le monde en parle, présenté par Thierry Ardisson
**** Mylène Farmer et vous, N°1

# Posté le vendredi 14 avril 2006 12:35

Modifié le jeudi 12 juillet 2007 00:14

Farmer's conclusion

Farmer's conclusion
Née le 19 septembre 1913 à Seattle, Frances Farmer se fait remarquer dès ses études, lors d'un concours d'écriture créative, par son texte: Dieu est mort (God dies), texte qu'elle défendit devant un auditoire médusé et abasourdi par cet athéisme assumé. Cet essai lui permettra de remporter un prix qui fera beaucoup parler d'elle, en occasionnant une levée de boucliers de ligues chrétiennes, et en attirant la vigilance des Services de Surveillance Nationale.

Parvenue à l'Université, la jeune fille au caractère bien trempé passe d'études de journalisme en études de dramaturgie, où son jeu d'actrice éveille déjà un grand intérêt chez plusieurs critiques. Elle gagne ainsi un voyage en URSS, contre l'avis de sa mère et des personnes influentes qui l'entourent. En effet, de nouveau le Service de Surveillance Nationale se penche sur le cas Farmer, et la fiche communiste...

Mais Frances monte en puissance, et signe un contrat de sept ans avec la Paramount, où d'emblée on lui fait comprendre que son fort caractère dérange... Frances devient l'une des jeunes premières les plus en vue des productions américaines, elle devient "l'exceptionnelle trouvaille des écrans de 1936", grâce aux films Too many parents, Come and get it. Mais sa perspicacité et sa lucidité attirent communistes et intellectuels, qui voit en elle un superbe moyen de faire passer leurs idées par les procédés capitalistes (divertissement).

Frances joue alors dans une pièce de théâtre, Golden Boy, d'un de ces intellectuels, Clifford Odets, pièce où elle incarne le rôle d'une prostituée (ce qui est déjà pour l'époque en soi un engagement). Ses producteurs sont furieux. Mais Frances est abandonnée par la suite dans ce projet théâtral. Elle est obligée de revenir à Hollywood, où l'on se venge de son impertinence en la faisant tourner dans des films minables.

Frances est véritablement cassée par la machine hoolywoodienne, mais garde son franc-parler qui crée plusieurs scandales. Elle se réfugie dans l'alcool, sera arrêtée pour conduite en état d'ivresse et violences, ce qui lui vaudra une peine d'emprisonnement de 180 jours, et une remise en liberté sous surveillance. Arrêtée en 1943 pour agression, reconnue "malade mentale" par les services sanitaires, Frances intègre un Sanatorium, où elle reçoit 90 traitements chocs à l'insuline! Elle parvient à s'échapper, perdant tous ses droits, et sa mère la recueille.

La jeune femme décide alors de faire une croix sur sa carrière d'actrice, et aspire au bonheur le plus simple. Mais cela va en opposition avec l'ambition de sa mère, qui par ce refus de s'établir de nouveau sous la lumière, la fait interner dans un asile psychiatrique, où Frances subira électrochocs et hydrothérapie (laissée 6 à 8 heures dans un bain glacé). Déclarée guérie, elle devient le modèle du Mouvement pour la Santé Mentale.

Frances s'enfuit une nouvelle fois de cette mère qui détruit sa personnalité, son individualité. Cette dernière la fait alors internée cinq ans durant dans un nouvel hôpital, où les conditions de traitement sont inhumaines. La nourriture est jetée à même le sol, et le soir, Frances est violée et violentée par les infirmiers, mais aussi par des militaires d'une caserne proche, que les infirmiers font rentrer moyennant argent (ils tiennent même les "démentes" pendant qu'elles se font violer). Cobaye-test pour plusieurs médicaments, Frances est ensuite véritalement lobotomisée lors de deux interventions (dont l'une consiste à insérer un pic à glace sous la paupière pour percer différents nerfs jusqu'au cerveau). Elle ne sera alors définitivement plus jamais la même.

Sa vie ne se termine pas ainsi, mais le film Frances de Graeme Clifford ne va guère plus loin. Il a montré comment une société qui n'est pourtant pas une dictature, parvient à casser la personnalité de têtes pensantes qui vont à l'encontre de ses normes. La force de caractère et la très grande lucidité de Frances Farmer ont suffit à déranger, et lui ont valu l'attribut de la folie (terme certes pratique pour ne pas affronter ce qui dérange).

On comprend aisément comment ce film, et la vie de Frances Farmer, ont pu séduire les jeunes Laurent Boutonnat et Mylène Gautier. L'autorité maternelle remise en cause (la maman de Frances avait déjà tort, et on peut supposer que ce premier titre de Farmer-chanteuse est une évocation de la vie de Farmer-actrice), la quête de l'identité individuelle confrontée aux obligations sociales (dont fait partie la bienséance), les considérations théologiques qui frôlent l'hérésie, la folie même, sont autant de thèmes qui hanteront l'oeuvre de ces deux jeunes adultes.

Un autre grand artiste rendra hommage à Frances: le leader de Nirvana, Kurt Cobain. Il écrira le titre "Frances Farmer will have her revenge on Seattle" (album In Utero), et surtout attribuera son doux prénom à sa fille...

Bonus: un extrait de God Dies
"Si Dieu aime tous ses enfants avec cette équité, pourquoi s'occuperait-il de mon chapeau rouge à galons alors qu'il permet que d'autres perdent leur père et leur mère à jamais? J'ai compris alors qu'en réalité Dieu n'avait rien à voir avec la mort des hommes, ni avec les chapeaux ni avec rien. Les choses arrivaient qu'Il le veuille ou non, et Lui, au Ciel, il faisait semblant de ne rien voir. Je me suis dit: "Pourquoi Dieu est-il une présence si inutile? Au fond, on perdait son temps avec Lui" J'étais plutôt fière d'avoir découvert toute seule la vérité..."

# Posté le mercredi 19 avril 2006 18:08

Modifié le jeudi 12 juillet 2007 00:14