Je m'évapore

Je m'évapore
Les visuels des pochettes défendant Libertine sont plus nombreux qu'à l'accoutumée, du fait en partie certainement de son succès énorme.

Un 45T promotionnel austère est envoyé aux radios. La pochette passe-partout porte les mentions simples "Avant-première Promo", sans indication sur le titre ou l'interprète. Seul le vynil qu'il renforme porte par conséquent ces informations; on y apprend notamment la durée des titres qu'il contient: 3'30 pour Libertine en face A, et 4'45 pour Greta en face B (cette pochette servira également à d'autres promos). Malgré sa simplicité, ce vynil rare vaut entre 150 et 250¤...

Mais c'est surtout la première pochette du 45T que nous retiendrons ici. Sous l'objectif de Laurent Boutonnat lui-même, Mylène (encore brune) pose dans une veste orange. Si le visage demeure assez froid (mais fort joli), sa pose oriente le regard vers un décolleté plongeant, qui nous fait découvrir un soutien-gorge de la même couleur que ses gants: noir. On peut trouver ce 45T pour environ 30 euros. Comme pour les précédents singles, il servira également de promo grâce au désormais célèbre autocollant "échantillon gratuit, ne peut être vendu", qui suffirait à lui seul quasiment à doubler sa côte! Tous ces supports portent les mêmes séquences que le 45T promotionnel mentionné précédemment. En revanche, la pochette "veste orange" illustrera également le maxi 45T, où, si l'on retrouve certes Greta avec la même durée, Libertine en revanche bénéficie de deux versions: une rallongée (4'30), et un remix (4'35). Ce maxi vaut aux environs des 100 euros.

Les ventes de ces premiers supports étant frileuses, le titre prendra un nouveau visage suite au tournage du clip (et son engouement!), sous l'impulsion du manager, Bertrand Le Page. Le gris terne de la première version est donc délaissée au profit d'une blancheur éclatante, sur laquelle est aposée une superbe photographie d'Eric Caro, issue de la scène du duel (il s'agit donc de la première pochette où Mylène apparaît en roux). La police d'éciture du titre est identique, mais il est inscrit en rouge vif. Il en est autrement du nom de l'interprète, entièrement mis en majuscules (prise d'assurance en soi?). Cette nouvelle version connaîtra un grand succès, si bien que sa valeur est insignifiante (on peut le trouver facilement à 2-3 euros, voire moins). Notons qu'à la différence de la pochette "veste orange", Libertine en face A gagne une minute d'amplitude (il s'agit de la version longue du premier maxi). A priori, cette pochette n'aura jamais servi de support promotionnel, si l'on excepte une cassette promo intitulée "Polydor News N°11 - Octobre 1986", qui reprend seulement la photographie du clip et dont la côte dépasse les 100 euros.

Notons à ce stade que ces deux versions présentent également un changement important vis-à-vis des singles précédents: les paroles de la chanson sont inscrites au dos... intégralement! De plus, elles précisent bien que Libertine est issue de l'album Cendres de lune. A la différence, le vynil canadien reprend le même procédé que pour We'll never die: le vynil est simplement glissé dans une pochette vierge, ce qui ne l'empêche pas de valoir 120 euros...

Ceci est une première dans la discographie Farmer (voire dans l'histoire de la chanson française), une Bande Originale est éditée, qui reprend en toute logique les différents instrumentaux du clip: Duel (2'20), Libertine thème (3'22), Libertinages (1'35), Marche funèbre (3'45), Libertine instrumental (3'33). Sa valeur oscille entre 130 et 150 euros. Un autocollant "échantillon gratuit, ne peut être vendu" là encore permet de différencier la version commercialisée de la version promotionnelle.

Le maxi devient quant à lui le maxi 45T Spécial DJ. Sobrement recouvert de noir, la photo même qui illustre l'album Cendres de lune est apposée au milieu de la pochette. Le vynil contient quant à lui le remix déjà présent sur le premier Maxi 45T, l'inaltérable Greta, mais aussi le Remix Spécial Club, d'une durée de 5'55! Il vaut aujourd'hui entre 60 et 90 euros. Une version promotionnelle de ce support existe également, où la photo de Mylène est ôtée, rajoutant à sa sobriété (entre 150 et 200¤).

En tout, les ventes de Libertine sont évaluées entre 300 000 et 400 000 exemplaires, ce qui en fait le premier gros carton de Mylène! Cette discographie illustre involontairement les bouleversements de sa carrière: de chanteuse à petits succès elle devient une "grande" artiste, de même que de brune elle devient rousse... pour toute la suite!

*Côtes moyennes établies sur le "Référentiel Mylène Farmer", le site www.mylenefarmeriscalled.net, www.mylene.net, et www.illogical-music.fr, mais nous savons que les côtes sont très variables d'une boutique à une autre...

# Posté le lundi 04 septembre 2006 09:56

Modifié le mardi 05 septembre 2006 05:24

Papa ils ont violé mon coeur

A l'opposé de Plus Grandir, Mylène multiplie en 1986 ses prestations télévisées pour défendre le titre "de la dernière chance". Libertine est ainsi à ce jour le single Farmer qui a sans doute bénéficié du maximum de promotions sur petit écran. La chanteuse semble accepter toutes les invitations qui lui sont faites pour défendre son single, et Dieu sait que la gloire multiplie celles-ci (*et**).

-Pour le plaisir, le 20 avril: Habituée de cette émission, Mylène est annoncée par le présentateur qui parle rapidement du premier album. La chanteuse interprète tout d'abord Maman a tort. L'introduction musicale se fait sur des boules de lumières de discothèque, et un fondu nous fait découvrir Mylène, brune (!), fardée de blanc, frappant dans ses mains, vêtue XVIIIième siècle, avec une veste d'officier et des chaussures bleues, un catogan, un petit haut à jabot (qui laisse dénudé son nombril), des gants, des collants, et une sorte de ceinture à gros noeuds, tous blancs. La chanteuse interprète son premier single devant un décor peint censé représenter une vue sur la mer, avec une balustrade et un pot de l'époque classique. Très souriante, Mylène semble s'amuser sur cette chorégraphie de Maman a tort qu'elle a un peu oubliée (certains gestes se rapprochant plus de la choré libertinesque). La chanson se termine de nouveau par un fondu avec les lumières colorées. Quelques applaudissements précèdent une petite interview intéressante. En effet, l'animateur demande des éclaircissements sur la teneur mélancolique des textes Farmer. Mylène acquiesce par un rapide basculement arrière de la tête: "C'est vrai, je dois être une personnalité un peu mélancolique. Il y avait quelqu'un de très célèbre qui disait: "La vie pourrit l'esprit, la mort pourrit le corps", je sais que c'est très philosophique et très macabre (...). C'est vrai je pense qu'il y a des moments qui sont terriblement cruels dans la vie, et également des moments qui sont prodigieux. Je dois être quelqu'un probablement de mélancolique, mais je ne pense pas que cela soit incompatible avec ce métier et cette joie de vivre." Notons que pour une citation, Mylène met le paquet. Le présentateur le relève sans doute, puisqu'il demande s'il n'y a pas une volonté également de provoquer. Mylène ne le nie pas, mais se défend: "Si depuis le début, il y a eu Maman a tort, après On est tous des imbéciles, maintenant Libertine; c'est vrai j'ai le goût de la provocation, mais c'est un peu le but de ... (elle agite son poing pour montrer une certaine volonté de combattre) comment dire... défaire les choses, oui provoquer." Lorsque l'animateur évoque le refrain de Libertine, Mylène le coupe quelque peu en lui répondant sec: "Oui, je peux vous répondre qu'on est tous la prostituée de quelqu'un ou de quelque chose, certainement". L'animateur lui demande alors de lui prendre la main (ce à quoi Mylène rit), et la conduit sur la piste pour qu'elle interpète son nouveau titre. On ne connaît que trop bien la chorégraphie, qui malgré son dynamisme n'émeut pas le public, qui semble d'ailleurs s'ennuyer à taper dans ses mains (beaucoup ne regardent même pas l'artiste). Et pourtant, à un moment, le pied de Mylène glisse sur le sol... La chanson terminée, Mylène fait sa révérence au public, rehaussant son derrière à la caméra. Elle réapparaîtra pour le générique de fin d'émission, où un grand homme lui remet un bouquet et l'embrasse (le veinard). La chanteuse sourit, et sa beauté contraste avec celle de Sarah Mandiano qui fait étrangement penser à la rivale du clip de Libertine... Mylène adressera même un petit coucou à la caméra!

-Grand direct, le 10 mai

-C'est encore mieux l'après-midi, le 16 mai: le décor est des plus étonnants: au bord de la mer, à côté de parasols et transats jaunes inoccupés (il faut dire qu'il ne semble pas particulièrement y avoir grand soleil, et même au contraire du vent), Mylène est vêtue de noir, avec des épaulettes qui lui donnent une carrure comme en rêvent probablement tous les rugbymen. Sa taille en revanche est très serrée. Mais le principal hic demeure ses chaussettes (fort heureusement discrètes) à rayures noires et blanches. La chorégraphie s'exécute sur ce petit pont que la chanteuse parcourt deci-delà, sous le regard de queqlues badauds, dont la plupart d'ailleurs n'y prête aucune attention. Heureusement une corde est là, à laquelle Mylène s'agrippe régulièrement pour ne pas tomber dans l'eau. Lorsqu'elle avance plus, on se rend compte qu'une personne est affalée sur l'un des transats, en train de dorer ses cuisses, et visiblement de lire, ce qui doit être une gageure quand la musique de Libertine retentit.

-Cherchez la femme, le 24 mai: dos à la caméra, Mylène, rousse, fait face à un escalier éclairé par une lignée de projecteurs bleus pâles. Les "ouh" du début provoquent un enchaînement impressionnant de plans rapprochés et éloignés de Mylène agitant son dos sur le début de la choré. Elle porte une longue robe qui pourrait être de soirée s'il n'y avait pas une ouverture tendancieuse sur le devant (une invitation charnelle?). La chanteuse s'élance brutalement et arrive devant un grand panneau blanc, fait demi-tour, écarquille plusieurs fois les yeux comme à chaque prestation. Par contre, la production abusa à un certain moment un peu trop de la fumée, qui envahit la scène. Mylène n'y prêta guère attention, gardant toujours son grand sourire. Essoufflée, sous les applaudissements (factices?), Mylène s'incline par deux fois.

-La vie à pleines dents, le 28 mai

-Le zénith: Denisot annonce dès le début de l'émission la prestation de Mylène pour Libertine, classée selon à ses dires en dizième position du top. Entre la scène principale et les miroirs éclairés des maquilleuses, on découvre Mylène de dos. Sa chevelure d'un roux très foncé porte un catogan blanc, en adéquation avec sa veste style XVIII couleur crème, et ses collants blancs. La jeune femme se tortille sur les "ouh", et s'élance au premier son du saxo sur la scène principale. On découvre alors qu'elle ne porte ni chaussures (ce qui lui permettra de jolies glissades!), ni rien au-dessus de ses collants (la ceinture à gros noeud ayant disparu). Son petit haut, muni d'un faux jabot, laisse toujours son nombril à l'air. La chorégraphie, très dynamique, est exécutée avec légèreté, agrémentée de sautillements, caresses sur le corps, et coups rapides de tête en arrière. Notons que sur le "papa ils ont violé mon coeur", Mylène cache son sexe de ses deux mains. Cette prestation est entrecoupée par des dessins-croquis d'un certain Walinski (c'est le principe de l'émission), le premier présentant une femme austère entonnant le refrain de Libertine et se découvrant nue dans son miroir, le second brosse les traits du présentateur avec un haut de la même coupe que Mylène, portant l'indication "Denisot est nominé pour le nombril d'or", et enfin le dernier conclut la chanson par un homme dans son lit, le nez rouge, chantant gaiement le refrain alors que sa femme ou sa mère lui interdit de regarder nouveau le zénith.

-Pollen, le 4 juin

-Toutes folles de lui, le 19 juillet

-Coups de soleil, le 19 juillet

-Grande première, le 2 août: Mylène porte une robe marron qui laisse toujours entrouvert le devant de ses jambes nues, frappées par moment par sa ceinture-corde. Aux côtés de l'animateur, bras croisés, elle répond en relevant les épaules: "Ma démarche... vous faites allusion au côté provocateur de mes chansons, c'est avant tout un plaisir". Ensuite le présentateur évoque le clip d'une dizaine de minutes, pas encore sorti à l'époque. Mylène annonce qu'il sera diffusé à la télévision, mais aussi au cinéma. Dans ce qui s'apparente à une discothèque (de nombreux fils lumineux étant en arrière-plan), elle exécute sa chorégraphie sur un parquet, et semble vraiment s'amuser.

-La fête en France à Paris, le 13 août: c'est en extérieur sur les bords de la Seine que Mylène exécute sa chorégraphie de Libertine. Son roux est plus clair, et son rouge à lèvres assez vif. Sa tenue est particulière. Sa veste-bustier noire lui enserre la taille, alors qu'à l'opposé sa jupe, à fleurs (?), est bouffante. Cette dernière est également ouverte au-devant, laissant apparaître une paire de collants grossiers qui se terminent dans des chaussures fines. La pauvre interprète exécute ses mouvements malgré un vent fort qui la décoiffe un peu. Heureusement une partie des couplets est filmée en partie en gros plan sur son joli minois, où tout semble plus fixe (merci la péniche terne placée derrière).

-Affaire suivante, le 20 août: dans un tribunal particulièrement spécial, Jean-Pierre Foucault demande la pièce à conviction du Ministère public en procès contre Mylène Farmer. Maman a tort se joue, et la chanteuse, facétieuse, lance de grands sourires aguicheurs et de petits coucous équivoques aux jurés, dont l'un semble ne pas rester insensible à cette corruptrice de charme. Le juge (J-P F.) frappe pour mettre un terme à la pièce à conviction, et demande à Mylène si elle reconnaît ce dont on l'accuse. Celle-ci se relève, découvrant en grand sa jambe, et Jean-Pierre la condamne à descendre de mélo pour chanter son titre avec sourire. Mylène accepte, susurrant en douceur: "avec plaisir". On la retrouve alors dans sa longue robe marron avec la ceinture-lacet, catogan noir, exécuter toujours avec brio sa chorégraphie, dans un décor austère.

-Midi A2, le premier septembre: le journal télévisé est présenté par Noël Mamère. A sa droite est assise Mylène, le teint fort hâlé, cheveux attachés, veste noire et gros bracelets brillants, et à sa gauche Laurent Boutonnat lui-même, avec sa coupe de cheveux si "romantique". Lorsque Noël Mamère présente Mylène, il évoque sa formation hippique, ce qui fait rire la chanteuse quand il rapporte qu'elle est bonne cavalière: "Vos informations sont erronées". Mylène évoque rapidement sa rencontre avec Laurent, qu'elle présente comme passionné de musique et de cinéma. Le présentateur s'interroge sur ce passage de l'équitation à la chanson, ce à quoi Mylène avoue "une bonne étoile au-dessus de ma tête certainement, beaucoup de chance, et depuis deux ans énormement de travail aussi." L'interlocuteur se tourne alors vers Laurent pour lui demander duquel du physique ou de la voix l'avait séduit chez Mylène, ce à quoi le compositeur répond par une phrase devenue culte: "on cherchait quelqu'un au moment où on avait fait cette chanson avec un ami qui était Maman a tort, qui est une chanson assez spéciale qui se passait dans un hôpital psychiatrique d'une petite fille; et le jour où Mylène est arrivée, elle était parfaite [rire mutin de la concernée] (...) je dirais plutôt psychotique, elle était refermée, très bizarre. C'était elle tout de suite, même avant de l'entendre chanter." Evidemment Laurent répète à plusieurs reprises qu'il est très heureux du succès du 45T, et s'amuse (s'étonne plutôt) à voir des enfants entonner ce refrain. Un extrait du clip est diffusé, et le journaliste fait aussitôt la comparaison au film Barry Lyndon de Stanley Kubrick. "C'est vrai qu'il y a une couleur, répond la chanteuse, je crois que c'est une ambiance. Et puis les gens n'ont de référence que ce film qui retrace le XVIII siècle, le libertinage." Noël Mamère parle ensuite de la longueur du clip, qui constitue un handicap pour sa diffusion. Mylène le reconnaît, et le déplore ("C'est dommage"), tout en disant espérer une promotion cinématographique: "ça n'est qu'en pourparlers, mais ce serait l'idéal pour ce clip." Toujours est-il que la chanteuse se dit heureuse de ce clip et du précédent (Plus grandir), pour le "travail d'image (qui) enrichit le personnage." Pour elle, ce travail est indissociable de la chanson "réellement, parce que Laurent Boutonnat, parce que (...) c'est un admirable metteur en scène, mais dans toute sa généralité" (Laurent devant tant de louanges, acquiesce par un relevé de main, et sourit). "Je rêve de faire du cinéma depuis toute petite, poursuit-elle, et j'espère en faire un jour, mais tout ça sera aussi très réfléchi." Retour sur Laurent, qui explique avoir depuis son enfance mêlé apprentisssage de la musique (du piano) et du cinéma (avec une caméra super huit). Le journaliste évoque alors les autres chanteuses de l'époque, qu'il met au même rang que Mylène (grave erreur s'il en est!): leur visage angélique ferait qu'on leur donnerait le Bon Dieu sans concessions, et elles susurrent des textes lubriques. "C'est là que réside toute la perversion!", s'esclaffe Mylène. Laurent précise au sujet de l'image: "Une chanson c'est bien, mais c'est queluqe chose de très simple. Travailler autour de ça l'image et tout ce que ça comporte, c'est passionnant.". Noël Mamère les remercie, et évoque le succès du disque. Mylène semble ironiser en riant: " Le top 50, c'est la bible du français maintenant!", et se reprend: "C'est vrai nous sommes dans le top 50, ça veut dire que le disque vend, que l'artiste fonctionne! (rires)"

-Aujourd'hui la vie, le 16 septembre

-Cocoricocoboy, le 26 septembre: la mise en scène renvoie grossièrement au XVIIIième siècle. Mylène joue un rôle de composition, celle d'une prostituée prénommée "Libertine chérie". Son maquillage et sa tenue en revanche (catogan blanc, petit haut léger, long collier, jupe barriolée) rappellent davantage les mamans martiniquaises ou une bohémienne qu'une femme de l'époque royale... Peu importe. Assise auprès de ses deux soeurs (?), elle doit se mettre debout sur l'ordre de sa mère (Claire Nadeau), qui la gronde pour avoir refusé de fouetter M. Clermont Ferrand avec des orties. Mylène, dans un jeu vraiment plaisant à regarder, soupire et proteste "Mais ça pique". La mère lui rétorque que c'est fait exprès, et la fait se rasseoir. La chanteuse lui tire alors la langue et reprend place dans la canapé, ressortant sa jambe des frous-frous qu'elle porte. Le roi Louis (Collaro) arrive, porté. Les demoiselles se plient devant lui, sauf Libertine Chérie qui le regarde avec concupiscence. Lorsqu'il choisit l'une des filles de petite vertu, elle s'impose devant lui, et ils partent ensemble. Selon le récit une heure plus tard, ils reviennent. Mylène, épaule dénudée, garde son coude sur l'épaule du roi, qui se dit en forme et vante les effets de ce "procédé". Il promet à la tenante des lieux la validation royale et demande le prénom de sa maîtresse. Cette dernière se voit alors empressée d'entonner sa chanson par lui-même ("il y a le journal à 8 heures...") et sa mère. Mylène exécute sa chorégraphie, aguichant à plusieurs reprises le cardinal, mais cette fois l'étroitesse du plateau l'empêche de courir à droite à gauche. Derrière elle, les femmes (les soeurs, la reine), et les hommes (le page, le cardinal), dansent comme ils peuvent, mais ils se content de dandiner, de balancer les robes, voire les soulever en lançant les jambes à la manière des Folies Bergères, alors que le roi frappe dans ses mains en regardant un tableau où est reflété la chanteuse en exercice. Et là surprise! Une autre Mylène (moderne) s'incruste sur l'écran pendant certains refrains. Celle-ci est habillée toute de noir (excepté le catogan blanc), robe qu'on retrouvera dans l'émission Ambitions mais le décolleté y est un peu plus plongeant. L'image finale du tableau est assez peu valorisant pour Mylène, qui garde la bouche ouverte...

-Azimut: vêtue d'une sorte de peignoir bleu ciel refermée sur elle, la rousse Mylène est assise auprès du présentateur. Au sujet de son clip (qui fait décidément tant parler), elle lui confie: "Il y a quelque chose que moi, j'aurais aimé faire (...), c'était d'illustrer chaque chanson avec un clip vidéo. Mais malheureusement ça demande énormément de moyens, beaucoup de temps, tout ce que je n'ai pas réellement en ce moment, mais c'est quelque chose que j'aurais souhaité, oui, parce qu'il y a des chansons dans l'album qui ont un univers très très visuel et cinématographique." L'animateur évoque ensuite la participation des moines fous du Tibert à l'album, ce qui fait beaucoup rire Mylène qui, malgré sa position renfermée, s'incline sur le côté. Avec un grand sourire, la chanteuse explique: "J'ai envoyé Laurent Boutonnat qui est donc le producteur, réalisateur et compositeur... d'aller voir ces moines tibétains. Et comme les femmes sont exclues de ces monastères, je n'ai pas pu y aller; il y est donc allé avec son lama (petit rire) et il a enregistré." Le présentateur, visiblement complice avec Mylène tant ils rient de bon aloi, annonce le résultat avec l'interprétation (unique, disons-le de suite!) de Chloé (qui est souvenez-vous sur la face B de Plus grandir). Comme début, nous avons en fait la fin du titre précédent sur l'album, à savoir Vieux bouc. Mylène, recouverte cette fois d'une veste rose bonbon, adopte une attitude autiste: regard en l'air, sourire de la folie, doigts écartés et repliés de manière étrange, puis arrivent les petites notes introductives de Chloé. Repliée sur elle-même, Mylène, assise, demeure prostrée, se cache derrière ses mains, lance des regards inquiets un peu partout, se balance. Avant le dernier couplet, elle regarde la mauvaise caméra et fixe rapidement alors la bonne. Sur les derniers "Chloé" qui se répètent, elle se tait, lève les yeux, sourit puis appose ses mains sur les oreilles (voire image), comme pour taire cette voix intérieure qu'est le souvenir, avant prendre un air tragique silencieux. On revient alors à la chanteuse avec son peignoir bleu, qui rit du commentateur un peu perdu dans ses papiers (et ses paroles). Mylène évoque le clip: les 4 jours de tournage, la semaine de préparation, les lieux, la pièce totalement réaménagée (car baroque au départ), puis décrit un peu Laurent Boutonnat: son premier film à 16 ans "qui a connu quelques déboires", ses films publicitaires. Le présentateur évoque l'album, aux apparences "simples", mais pourtant très compliqué. "Ma vie est un paradoxe!"s'exclame alors Mylène, qui rit bruyamment. Le clip Libertine est alors diffusée dans son intégralité, et on retrouve Mylène sondant l'intérieur de ce peignoir bleu (probablement le micro), qui relève rapidement la tête. Elle affirme alors (mais d'une toute petite voix) que c'est la première fois qu'il est diffusé en Province. Le présentateur prédit le prochain 45T, et Mylène le contredit en quelque sorte en lui expliquant qu'il ne sera pas issu de ce premier album, mais qu'il y sera en fait intégré par la suite. La chanteuse se voit remerciée pour sa présence, et l'émission se clôt.

-Hit des clubs, le 2 octobre: dans un décor enfumé et éclairé par des projecteurs et des néons de couleurs diverses, Mylène, dont le roux est vif, exécute brillament sa chorégraphie. On la découvre d'abord de dos dans la pénombre, avant qu'un halo de lumière s'étale sur son catogan blanc, puis s'agrandit pour éclairer la chanteuse totalement. Mylène porte toujours sa tenue d'officier, mais elle a recouvert cette fois ces collants de longues bottes noires, renforçant l'aspect "cavalerie" du personnage. Notons trois rejets de la veste en arrière afin de découvrir ses épaules, et une prestation particulièrement "pêchue".

-A la folie, pas du tout: toujours avec sa tenue d'officier plus bottes, la chanteuse interprète son titre. Rien à dire de spécifique, si ce n'est qu'elle s'adosse à une rampe d'escalier sur le couplet lent.

-Show bises, le 2 octobre

-Embarquement immédiat, le 8 octobre: dans un bar kitsch flou, limite onirique, un gros plan sur le visage de Mylène nous la montre d'une beauté écrasante, qui fait semblant soudain de rire en remuant la tête. Toujours vêtue de son costume d'officier, Mylène danse auprès de jeunes hommes style footballeur américain, assis à un bar où ils papotent sans faire attention à elle (si ce n'est quelques coups d'oeil par-çi par-là). Elle se rappelle à leurs souvenirs en les caressant par moments. Pour le couplet lent, elle saisit presque un homme, et un mauvais montage nous la montre alors attablée à un homme dont elle caresse les cheveux avant de se retrouner vers un autre dont elle agrippe le gilet. Nous la retrouvons ensuite au bar en train de danser, et à un moment elle appose sa main sur le genou d'un des picoleurs. Quelques gros plans sur son visage parsèment la prestation, comme celui du pont musical, où la chanteuse lève en l'air sa coupe de champagne.

-La vie de famille, le 10 octobre

-Top 50, la centième, en octobre: aux côtés du présentateur Marc Toesca, Mylène est revêtue d'une vaste chemise à carreaux noir et blanc, ouverte sur un haut noir et refermée sur un pantacourt et des bretelles de la même couleur. Les chaussons sont tout aussi sombres. Le roux de la chanteuse est particulièrement foncé, et on constate qu'elle porte une élastique bleue, avouons-le moins classe qu'un catogan. Notons également des bracelets reluisants assez grossiers. Lorsque l'animateur annonce que c'est la première fois que Mylène entre dans le top 50, elle confirme en levant le doigt, mais le reprend sur l'énumération des 45T précédents (On est tous des imbéciles ayant été omis). Marc Toesca relève la noirceur des clips, ce à quoi acquiesce la jeune femme: "C'est vrai, c'est vrai. Plus grandir est un univers un peu baroque, un peu sombre. Maman a tort, c'était la tête coupée, et Libertine est un peu plus enjoué." Sur la rédaction des clips, Mylène concrétise déjà son personnage: "Je ne les rêve pas, mais il est vrai que je cauchemarde énormément. Donc il y a sujet à certains scénarios certainement." Elle confie en suite n'avoir écrit que Plus grandir et Au bout de la nuit sur l'album. L'animateur montre alors une immense pochette de Cendres de lune, ironisant quelque peu sur sa taille. Il ne faut pas oublier l'émission, et ainsi annoncer les titres diffusés. Mylène alors explique qu'elle pourrait facilement pleureur sur le titre de Cock robin, The promise you made. Retour sur le plateau, où il est question maintenant du clip de Libertine, ses, dixit la chanteuse, 5 jours de tournage et une semaine de préparation, ses 50 personnes présentes sur le plateau... "Le point fort de ce clip, c'est qu'il a coûté... C'est dérisoire comparativement à ce qu'il peut donner comme résultat." Déjà intègre artistiquement, Mylène affirme ne pas vouloir faire appel aux sponsors dans ses clips (devenus parfois des supports publicitaires). Elle annonce alors la seconde vidéo: le clip qui la fait le plus rire, celui des Modern talking! De nouveau sur le plateau, Marc Toesca explique à Mylène que l'un des deux chanteurs est casé ("Quel dommage!" sourit-elle), que c'est du moins ce que les gazettes racontent (le visage de la chanteuse alors se rembrunit, affichant une totale indifférence aux potins). Le présentateur l'interroge également sur la suite: Mylène affirme qu'elle continuera à travailler sur Libertine, puis ensuite qu'elle enregistrera le 45T suivant, qui sera à son tour inséré dans l'album. Marc Toesca exhibe de nouveau l'immense pochette Cendres de lune, et en ressort la pochette, plus petite, du 33T. "C'est une idée de promotion", explique la chanteuse. Le nom de Laurent Boutonnat est alors évoqué: "C'est vrai que je travaille avec lui, pour le meilleur et pour le pire", plaisante Mylène. Mais quand on évoque la scène, la chanteuse se fait prudente: "La scène, non pas dans l'immédiat (...). Je pense que les artistes vont un peu trop tôt en scène. Je pense qu'il faut travailler énormément oui, penser, réfléchir." L'émission se termine, et Mylène répond poliment: "A bientôt Marc" avant de faire un coucou des deux mains.

-Ambitions, le 15 octobre: la tenue qu'arbore Mylène est une robe sombre, avec un pan en arrière ouvert en deux, si bien que chaque côté accompagne les mouvements de jambe. La taille de guêpe de la chanteuse est impressionnante, et son visage lui-même semble un peu creusé. Mais elle n'en garde pas moins la même grande énergie que pour les précédentes prestations.

-La vie à pleines dents, le 15 octobre

-Les jeux de 20h, le 22 octobre

-C'est encore mieux l'après-midi, le 6 novembre: sous des projecteurs qui l'éclairent mal sur l'intro musicale, Mylène entame sa chorégraphie. Sa tenue - qui anticipe déjà le style de celles qui serviront pour les promos du single suivant- est sombre (veste serrée-boutonnée, jupe, collants, chaussures, gants, tous noirs), mais des gros bijoux bien clinquants au niveau du col et des poignets font ressortir l'ensemble sous l'effet de la lumière. Elle exécute au final une révérence, et est rejointe par Christophe Dechavanne, qui clôt l'émission. Mylène rit un peu, et adresse un petit coucou au public présent.

-La nuit des Catherinettes, le 25 novembre

-Le plateau des milles, en décembre

-Sexy folies, le 17 décembre: dans cette émission diffusée à une heure tardive, des artistes sont invités à parler de leur libido. "Mylène Farmer à nu", tel est le titre aguicheur qui nous fait découvrir la chanteuse avec une chevelure toujours rousse mais particulièrement ébouriffée! Elle porte un gant noir mais brillant. Monique Chouraqui, la "journaliste", l'interroge sur ces initiatives, ce à quoi l'artiste répond: "celle de choisir". Puis les confidences pleuvent (mais on se demande s'il n'y a pas davantage une appropriation du personnage de Libertine qu'un déballage de sa vie privée): "J'aime séduire avant tout... posséder peut-être dans un second temps. Il faut agir plus que parler, j'aime le toucher (...) Parler, c'est pour construire l'avenir.". Quelle belle réplique tout de même! Mylène partage son fantasme pour l'ascenceur. Quand la journaliste l'interroge sur ses périodes d'abstinence, Mylène évoque... son enfance et son adolescence! "Je crois que j'ai appréhendé, que j'ai occulté et que j'ai eu horreur avant de le connaître, même un peu après (...). La première fois euh... je crois que contrairement à beaucoup de personnes, c'est un moment plutôt euh... certainement décisif dans la continuité, quelque chose de laborieux, difficile. C'est quelque chose de très fragile, voilà, c'est-à-dire qu'on ne connaît pas et que personne ne maîtrise." Cette première fois fut "dans un lit, même pas douillet, une chose incroyable. C'est un peu... un peu un viol, le viol de l'enfance, le viol de l'imaginaire (...). C'est quelque chose que l'on reconstruit, mais c'est vrai que ça a été un peu un film de Walt Disney qui... pfou [Mylène de la main évoque l'évaporation]". Mais ce souvenir n'est pour la chanteuse "pas désagréable, parce que c'est moi qui suis allé vers ça, donc j'ai voulu des choses. Maintenant je maîtrise beaucoup plus, et je vais vers ces choses avec plus de... un peu plus de vice!" On bénéficie alors d'un extrait du clip de Libertine, et bien entendu la scène du bain. Mylène se voit interrogée sur les hommes qui l'attirent: "Je crois, mais ça a été de tout temps, les hommes qui ont une existence sociale, c'est-à-dire que ça peut être domaine de la littérature, politique, chanson, autant d'arts qui existent (...) une forme de pouvoir. J'ai besoin d'admirer. La domination peut s'effectuer effectivement quand il s'agit de plaisir. Vous parlez de viol, mais là il faut aller doucement car c'est quelque chose de grave, mais c'est vrai que le viol a 3% de très excitant et d'assez incroyable." La journaliste aborde alors le besoin masochiste ou sadique: "J'ai besoin de faire mal et j'ai besoin d'avoir mal, oui", la chanteuse concède qu'elle ne peut aimer qu'un homme qui la fasse souffrir (mais elle parle bien de shcématiser pour tenir de tels propos): "La facilité, les choses évidentes, ne sont pas intéressantes." La chanteuse répond aussi positivement sur le fait qu'elle peut vivre plusieurs histoires d'amour en même temps: avoir trois-quatre homme dans sa vie! Ensuite la phrase devenue culte par la suite prend place: "Si j'avais une métaphore à faire, je prendrais volontiers la mante religieuse, c'est-à-dire que si j'en avais le pouvoir, parce que bon je ne suis pas encore tombée dans la folie totale, mais je crois que je lui couperais la tête volontiers. Je ne les aime pas, c'est tout." Ce passage télévisé est donc à voir, même si on ne sait pas réellement qui de Mylène ou de Farmer parle. Gageons que la chanteuse à mêlé adroitement ici vérités et fantasmes.

-Tous en piste, le 25 décembre: dans un décor particulièrement exotique (sorte de remparts avec citadelle dans un pays que je suppose être du Maghreb), Mylène porte une nouvelle tenue: veste et mini-jupe rouge vif, gros col, longs gants et bottines noires, ainsi que des collants et un bracelet grossiers. Les boucles d'oreille ajouteraient un peu de raffinement si elles n'étaient pas aussi volumineuses. A chaque couplet ou refrain, les prises de vue diffèrent au niveau du décor mais aussi de Mylène, tantôt filmée au visage, à mi-jambes, ou en intégralité... Au final, la chanteuse escalade un escalier et disparaît.


-Bleu nuit en Tunisie, le 27 décembre: l'arrivée d'un yacht sur une mer éclairée par un soleil couchant, ce sont les premières notes de Maman a tort qui retentissent. Mylène revêt à peu près le même costume que pour Embarquement immédiat (à croire que cette tenue n'est faite que pour les prestations "exotiques"), avec les mêmes collants, les mêmes boucles d'oreille etc, sauf qu'elle a abandonné le rouge pour un manteau noir, en apparence en fourrure. A terre ou sur un bateau (qui tangue beaucoup! mieux vaut ne pas manger avant de déguster cette prestation!), la chorégraphie est minimisée. Mylène sourit sur les couplets "joyeux", adresse même un petit coucou. Pour le final, elle s'en va, dos à la caméra, et la silhouette fine de cette femme en noir et aux cheveux roux est assez emblématique du personnage Farmer. Mylène se retourne brièvement pour adresser un dernier coucou de la main.

-Coeur et pique: Ayant trouvé son style, Mylène endosse le même costume que pour sa prestation de Hit des Clubs. Le décor en revanche est nettement plus sombre (malgré un réverbère factice). Mais Mylène -au demeurant magnifique- s'amuse avec les caméras qui lui tournent autour, ne sachant plus à certains moments à laquelle se vouer. Sur le pont musical, elle bondit sur un petit escalier, et frappe énergétiquement de ses mains, entraînant forcément l'adhésion du spectateur.

Une dernière promotion télévisée du single aura lieu en 1987:

-C'est encore mieux l'après-midi, le 19 janvier

*Dictionnaire des chansons de Mylène Farmer, de Benoît Cachin
**http://perso.wanadoo.fr/delautrecotedumiroir/TV/pagetv.htm
Papa ils ont violé mon coeur

# Posté le vendredi 08 septembre 2006 06:26

Modifié le lundi 23 juillet 2007 10:29

Là sous l'apparence gît le blème

Là sous l'apparence gît le blème
A partir de Libertine, Mylène ne se départira quasiment jamais de sa rousse chevelure, devenue marque de fabrique. Dans les années 1980, cette teinture lui permit de détonner dans le flot continuel des jeunes chanteuses à succès unique(s), et de devenir ainsi facilement identifiable. Aujourd'hui encore, Mylène Farmer demeure la rousse française la plus populaire qui soit, malgré l'arrivée de nouvelles artistes dont le roux est pourtant la couleur naturelle (comme Axelle red, Isabelle Boulay...).

Mylène étant brune, plusieurs versions sur l'origine de cette couleur ont été données par la chanteuse et son entourage professionnel. L'intéressée elle-même affirme qu'elle aurait "dû naître rousse" (et concédons que son teint se marie particulièrement bien avec cette chevelure!), et que c'est pour faire plaisir à sa maman, elle-même poil de carotte, qu'elle aurait adopté cette couleur.

Une autre interprétation plus marketing est donnée par Christophe Mourthé, l'un des tous premiers photographes officiels de Mylène. Selon ses dires, c'est le manager de l'époque, Bertrand LePage, qui lui aurait fait appel afin de donner une image forte à la jeune femme. Son travail sur la série des "Casanova", représentant des nobles du XVIIIième dans des palais vénitiens, aurait été décisif, plusieurs de ses personnages étant roux. Mylène, séduite par ses clichés (et accessoirement par le photographe lui-même, toujours selon ses dires invérifiables), aurait décidé de se teindre à ce moment précis.

Peu importe la version exacte, Mylène est demeurée fidèle à sa nouvelle couleur, en public et en privé. Il faut dire que le roux avait de quoi la séduire. Outre le fait qu'elle le porte de manière fort agréable, c'est son univers même qui a bénéficié de ce changement physique, d'où un véritable coup de force (et de maître!) dans la création de l'imagerie Farmer! En effet:
- selon de nombreux préjugés, les rousses sont beaucoup plus avides de sexe que les blondes ou les brunes. Les rousses selon des études même sérieuses auraient en moyenne plus de partenaires et feraient plus souvent l'amour que les autres. Voilà de quoi conforter davantage le personnage de Libertine!
- de plus, la rousseur connote une accointance diabolique (Vieux bouc?): au Moyen-Âge, de nombreuses rousses furent condamnées au bûcher du simple fait de leur chevelure, pseudo-preuve de leurs pratiques de sorcellerie. Gageons que cet ostracisme social et cette affiliation au diable aient pu intéresser vivement la jeune chanteuse, touchée par les thèmes difficiles, notamment le rejet de l'individu du fait des préjugés communs.
- enfin, s'il est un élément farmerien par excellence, symbole de poésie et de mélancolie, il s'agit bien de la lune (notez également qu'on la retrouve dans le titre du premier album, comme quoi rien n'est vraiment laissé au hasard, même aux débuts de l'artiste!). Or il existe un phénomène naturel que les paysans des siècles passés appelaient la "lune rousse". L'expression aujourd'hui demeure pour désigner la première lunaison après Pâques (entre le 5 avril et le 6 mai). D'ailleurs, comme pour les femmes accusées de sorcellerie, la lune est dite rousse car coupable selon ces paysans de geler les jeunes pousses. On applique également ce qualificatif -à tort- à l'apparition d'une lune orangée (en phase totale des éclipses de lune, des rayons du soleil frôlant la Terre sont rougis par l'atmosphère de notre planète avant de se refléter sur le satellite).

On comprend ici qu'outre une volonté de se démarquer des autres chanteuses de l'époque, le choix du roux a été mûrement réfléchi. Ce détail physique gagne une ampleur considérable, tant par l'identification rapide qu'il permet, que par l'apport réel fait à l'univers de la chanteuse.

Vous aurez peut-être compris que le choix de la couleur de ce blog n'est pas anodine...

# Posté le vendredi 29 septembre 2006 17:19

Modifié le lundi 16 juillet 2007 07:07

Greta

Divine
Exquise et chagrine
De la vie est orpheline

Enfantine
Reine et ruine
Maudit soient ceux qui t'on prise

Greta rit, et moi je rougis
Greta tremble, la mort lui ressemble
Greta meurt, j'entends dieu qui pleure
Greta aime, divine infidèle
Baisers froids comme elle
Je l'aime

Divine
Fuir n'est pas facile
Quand la nuit vous a conquise

Tout est vide
Tu n'es plus
C'est ma vie, tu l'as perdue

Greta rit, et moi je rougis
Greta tremble, la mort lui ressemble
Greta meurt, j'entends dieu qui pleure
Greta aime, divine infidèle
Baisers froids comme elle
Je l'aime...
Greta
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# Posté le mercredi 04 octobre 2006 06:09

Modifié le lundi 23 juillet 2007 01:15

Reine et ruine

Reine et ruine
Ecrit et composé par Laurent Boutonnat, Greta est un véritable hommage d'un passionné de cinéma à l'une des plus grandes actrices qui aient été: Greta Garbo, née Greta Lovisa Gustafson à Stockholm en septembre 1905.

Le jeu de l'actrice n'est pas seul à l'origine de la fascination du compositeur-parolier. En effet, seul le prénom Greta est mentionné dans le titre et les paroles, attestant que c'est également la femme, mystérieuse sur sa vie privée, qui suscite l'intérêt, notamment en fuyant les grandes réceptions hollywoodiennes (cela doit vous rappeler probablement quelqu'un, oui certes Frances Farmer, mais aussi une chanteuse...).

Dès le début, l'auditeur entend la voix de l'actrice. Ses paroles, parsemées sur l'ensemble de la chanson, sont issues du dernier film de Garbo, Two faced woman* (La femme aux deux visages). Le scénario est simple: un célèbre éditeur tombe amoureux pendant un séjour à la montagne d'une monitrice de ski, à laquelle il se marie. Mais ses obligations professionnelles le ramène à New York, où une autre jeune femme ne cesse de le séduire. Karin, la monitrice, se fait alors passer pour une soeur jumelle d'elle-même afin de le retrouver à New York et le tester. L'éditeur n'est pas dupe de la supercherie, mais il joue le jeu, et entretien une liaison avec cette fausse jumelle. Déçue, Karin retourne dans ses montagnes, où son mari finit par la rejoindre.

La femme aux deux visages est un échec cuisant pour Garbo qui n'avait connu jusqu'ici que la gloire. Il faut reconnaître que sa sortie au moment de l'entrée en guerre des Etats-Unis, suite au bombardement de Pearl Harbor, ne constituait pas un cadre favorable. Rajoutons que le public européen, jusqu'ici fidèle, ne pouvait sous l'occupation garder la même insouciance, et que le film fut même censuré et condamné par l'église catholique, qui y voyait une ode à la débauche et à l'inceste (???!!!!). C'est à partir de ce moment que l'actrice renonca définitivement à sa carrière pour revenir à l'ombre, renforçant ainsi son mythe.

La première réplique extraite du film et qui ouvre la chanson est la suivante: (1)" Ah ah! How should I see myself? I see my future... I'm a flower of evil, a few more burning flames likes years, and then, the end" (traduisez: "Comment dois-je me considérer? Je vois mon futur... Je suis une fleur du mal, encore quelques années de ravages, puis la fin"). Cette réplique est tout à fait représentative de la fin de carrière de Garbo, et résonne d'autant plus étrangement qu'elle est issue de son dernier film.

Mylène entame alors sa chanson par le qualificatif "Divine". C'est ainsi que l'on surnommait Sarah Bernhardt, considérée comme la plus grande actrice du XIX siècle (d'abord au théâtre, puis à la fin de sa vie au cinéma, même lorsqu'à 70 ans elle fut amputée d'une jambe). Greta était déjà une star lorsqu'en 1927 elle tourne The divine woman, adaptation (très libre) de la vie de cette actrice française, ce qui lui permit de se voir attribuer ce qualificatif particulièrement valorisant.

Comme pour les 45T précédents, le second vers, « exquise et chagrine », regroupe des opposés, tout du moins des attributs ambivalents qui complexifient et font l'intérêt d'une personnalité. La suite met en exergue cette opposition : si "la vie" rejoint l'exquis, Laurent fait rimer chagrine à "orpheline". Rien n'est moins sûr, mais peut-être se réfère-t-il à la jeunesse de Greta. Troisième enfant d'une famille de paysans qui a quitté sa campagne pour les faubourgs pauvres et populaires de la capitale suédoise, la jeune fille arrêta sa scolarité à 13 ans, afin d'aider sa mère à s'occuper de son père gravement malade. Ce dernier meurt l'année suivante, obligeant la jeune femme à faire de petits boulots avant la gloire qu'on lui connaît (cela doit encore vous rappeler quelqu'un, non ?). Mais il se peut tout simplement que Laurent signifie dans ce couplet une difficulté d'accepter la vie pour ce qu'elle est...

Les qualificatifs se suivent : "Enfantine, reine et ruine" qui font se succéder les oxymores. L'enfant n'a pas la prestance et la grandeur d'une reine, qui elle-même n'a de commun avec la ruine que certaines sonorités. Laurent Boutonnat adresse ici des clins d'½il à des personnages incarnés par Garbo, notamment dans Die Freudlose Gass (La rue sans joie), où la jeune femme tente de subvenir difficilement aux besoins de sa famille avant de se résoudre à intégrer un bordel, et Queen Christina (La reine Christine). Notons d'ailleurs que ce dernier débute par une enfant obligée d'investir malgré son jeune âge le trône royal. En revanche le troisième vers de ce couplet demeure beaucoup plus sybillin. "Maudit soient ceux qui t'ont prise" peut se référer tout aussi bien à ceux qui l'ont éloignée de ses origines (Hollywood) qu'à ceux qui l'ont incitée à arrêter sa carrière. Toute interprétation serait ici la bienvenue !

Le refrain, réussi car entêtant, est une suite de variantes de la formule "Greta+verbe", qui fut très utilisée justement pour promouvoir les films où apparaissait l'actrice. Cette reprise des procédés marketing est particulièrement savoureuse. Garbo fut l'une des rares actrices à réussir son passage du cinéma muet au cinéma parlant. Anna Christie fut le film –à succès- de la transition, et son sous-titre fut éloquent : "Greta talks" (Greta parle). D'ailleurs le début du refrain est explicite, il s'agit du sous-titre du film Ninotchka : "Greta laughs" ("Greta rit"). Et cette hilarité ne laissera pas indifférent Mylène ("et moi je rougis"). D'ailleurs, la chanteuse utilisera plus tard ce procédé d'un rire remarquable car rare (Méfie-toi, Porno Graphique...). Par la suite, Laurent multiplie les versions de la formule "Greta+verbe", à l'image du film dont sont tirées les répliques disséminées tout le long de la chanson (tout se recoupe donc !). En effet, afin de séduire le public américain, la maison exploite la tournure de manière plus... puérile. Comme pour Martine à la plage ou à la campagne, la promotion de Two faced woman se fait avec ces formules : "Gardo nage", "Garbo fait du ski", et même "Garbo danse la rumba"! Heureusement Laurent ne descend pas à ce niveau et multiplie les références à des personnages interprétés par Greta Garbo : "Greta tremble, la mort lui ressemble/ Greta meurt, j'entends Dieu qui pleure/ Greta aime, divine infidèle ". Passons outre ce rapprochement détonnant du divin et de l'infidélité. Les "baisers froids comme elle" invoqués aussitôt après se relient à cette idée d'adultère. En effet, dans son dernier film muet, The kiss (Le baiser), Garbo incarne une jeune épouse résignée, souffrant l'ennui. Elle finit par céder à un jeune homme qui lui fait la cour, en lui accordant simplement un baiser. Mais ce dernier est surpris par le mari, qui, furieux, se jette sur le jeune homme : l'héroïne tue alors dans la précipitation son époux. On comprend ainsi aisément que le charnel n'est pas si éloigné de la mort, et ainsi la froideur de Garbo qui perdure dans ses baiser mêmes. Face à cette ambiguïté, Laurent avoue à travers Mylène : "Je l'aime". Rien de choquant à cet aveu saphique de la chanteuse, Greta est connue pour les nombreuses aventures féminines qui ont jalonné sa vie (Marie Dressler, Lilyan Tashman, Fifi d'Orsay et Louise Brooks notamment).

En écho à cet amour confessé, une nouvelle réplique du film répond (2)"I love you, oh I love you so" ("Je t'aime, oh je t'aime tellement").

De nouveau, Mylène enchaîne les couplets suivants par le qualificatif "Divine", afin de confier à Greta que "fuir n'est pas facile quand la nuit vous a conquise". La formule demeure vague pour savoir si une énième référence est faite à l'un des personnages interprétés par Garbo (auquel cas on pourrait penser au magnifique Mata Hari, où l'actrice campe une espionne), ou si c'est clairement sa vie privée, toujours enrobée de mystère, qui l'a faite se retirer de la lumière des projecteurs.

La dernière strophe quant à elle parvient à davantage d'obscurité. La disparition de l'actrice fait éprouver un sentiment de manque au spectateur ("Tout est vide"). Beaucoup considèrent que de nombreux films de Garbo n'auraient en effet eu aucun intérêt sans la prestance, le charisme de cette dernière. Greta remplissait littéralement le film. Aussi son retrait cinématographique ("Tu n'es plus") –et non sa mort, survenue quelques années après la rédaction de cette chanson- oblige son admirateur à affronter le néant de son existence. "C'est ma vie, tu l'as perdu" abonde dans ce sens. Il s'agit également d'une réflexion pertinente sur l'identification du spectateur au personnage principal d'un film: la fin du film, et la "retraite" voulue par l'actrice, mettent fin à cette appropriation de la vie des personnages. Ce sujet à méditer, on s'en doute, Boutonnat, passionné de cinéma, y a été confronté plusieurs fois. Un (3) "Hello?" ("Allo?") surgit alors avant le refrain.

Le pont musical juxtapose deux répliques de Garbo: (4)"The moment I saw you, I knew I want to give them to" ("Dès que je t'ai vu, j'ai voulu te les donner"), (5)"I'm at loss right now. I don't know what to do!" ("Je suis embarrassée maintenant, je ne sais quoi faire"), avant que le refrain ne redémarre une unique fois. Greta est l'une de ces rares chansons qui se terminent par un long instrumental, où Laurent s'en donne à c½ur joie pour amonceler des paroles de l'actrice sur un fond jazzy :(6)"I'm not respectable! Don't talk to me like that!" ("Je ne suis pas respectable! Ne me parle pas comme ça!") (7)"Oh no ! You don't want a woman like me, no no not like me !" ("Oh non ! vous ne voulez pas d'une femme comme moi, non non pas comme moi") (8)"Leave me! Go away! Leave me!" ("Laisse-moi ! Va-t-en ! Laisse-moi !") (9)"Oh! I just said hello" ("Oh ! J'ai juste dit bonjour") (10)"Oh no no, not now! Oh yes, I'm quite alone. Who would be with me?" ("Oh non non, pas maintenant! Oh oui je suis toute seule, qui serait avec moi?"). Pendant ce temps, quelques vocalises de Mylène se font entendre, avant l'instrumental final assez "dur", puis un air enfantin entonné par la chanteuse.

Greta bénéficiera d'une prestation télévisée assez sobre, le 19 janvier 1987, dans l'émission C'est encore mieux l'après-midi, animée par Dechavanne.

Chaque réplique se voit attribuer un numéro, afin que je puisse vous redonner l'ordre de ces répliques dans le film Two faced Woman :5-3-6-1-4-10-8-9-2-7.**

*garboladivine.free.fr
**MFIFC, issue N°15

# Posté le lundi 09 octobre 2006 09:25

Modifié le lundi 23 juillet 2007 01:15